L’optimisme révolutionnaire comme identité !

La société capitaliste est remplie de violence et de mort. À l’heure du réchauffement climatique, les perspectives d’un avenir positif semblent bouchées. L’Humanité semble coincée, paralysée et condamnée à s’éteindre progressivement… Cette tendance culturelle de fond est visible au quotidien.

Nombreuses sont les personnes à déserter le combat au motif qu’ il serait  « déjà trop tard ». Le nihilisme se répand comme une traînée de poudre, y compris, malheureusement, dans les milieux progressistes et révolutionnaires.

Depuis que l’élan critique et l’activisme issu de mai-juin 68 s’est refermé, on constate une augmentation des dépressions, des tentatives de suicide mais aussi de la consommation d’alcool, et de drogues en général. Il y a une spirale négative qui enferme les activistes dans le pessimisme.

Ce qui est triste dans cette « affaire » c’est qu’il ne semble pas y avoir une auto-critique dans les forces de gauche à la hauteur de cette tendance mortifère du capitalisme en crise avancée. Le libéralisme culturel (laisser-aller, laisser-faire, « chacun pense ce qu’il veut », etc) allié au pessimisme ne sont pas des valeurs clairement combattues par les révolutionnaires.

Pourtant, au cours des années 1980 est né dans le punk hardcore de la côte est des Etats-Unis le mouvement Straight Edge qui a été un véritable souffle pour la vie, une défense d’une morale positive.

« Reste vrai ! », « Reste authentique ! », « Reste Honnête ! », « Prend soin des autres et de toi-même ! » ont été les principaux slogans d’un mouvement culturel underground et prolétaire. Logiquement, au quotidien, cela s’est traduit en pratique par le refus des drogues (alcool et tabac compris) et d’une sexualité détachée de l’engagement amoureux qui sont les traits typiques du mensonge et de la perte d’authencitié dans la société actuelle.

Le morceau de musique à la une (« Youth Of Today – Disengage » 1990) traduit ce état d’esprit de confrontation réel, positif et authentique contre la société pourrissante. Il y a souffle énorme !

Mais cela n’a pas été saisi en profondeur par l’extrême gauche, et cela est particulièrement vérifié pour la France, le pays des traditions et du « terroir ». Alors, aujourd’hui, avec l’avancée du fascisme et l’écocide, les forces révolutionnaires se retrouvent piégées par l’hégémonie libérale des grandes villes (toujours plus éloignées de la réalité de la classe ouvrière).

ll n’y a pas un réelle lutte contre la décomposition culturelle. Il y a une sorte de « laisser faire » avec parfois même la promotion d’ « idées noires », la mise en avant de têtes de mort, de drapeaux noirs et de la piraterie, comme si prôner le « pire en pire » allait engendrer quelque chose de positif.

Mais comment, dans la pénombre actuelle, participer à l’éclosion d’un mouvement populaire authentique si les forces sensées incarner un avenir meilleur ne portent pas de manière ferme une éthique optimiste et positive ?

L’héritage du mouvement ouvrier, c’est la perspective de l’émancipation, l’idée qu’on va se libérer collectivement de l’exploitation, des oppressions. Il y a la perspective d’un avenir radieux, de l’engagement pour changer la vie dans un sens meilleur, pour plus de dignité. La tradition ouvrière qu’elle soit anarchiste, socialiste ou communiste, par nature, c’est la lutte contre le défaitisme, le rejet du pessimisme, le refus du délaissement face aux institutions pourrissantes, la mise en avant de l’autonomie, de la résistance, de la richesse populaire.

Notre identité c’est l’optimisme, non pas naïf au sens « où tout va aller pour le mieux », mais au sens révolutionnaire.

L’illustration de cet article témoigne du triomphe indéfectible de la vie sur le désastre moral et culturel. Les fleurs sogineusement collectées par le soldat Stanislas Boireau pendant la Première Guerre Mondiale montrent comment la sensibilité et l’optimisme gagnent toujours la bataille contre la barbarie et l’enfer de la mort.

Mobilisé à 28 ans, participant à la boucherie de Verdun, Stanislas Boireau adjoint à chaque lettre adressée à sa fiancée, Marthe, des fleurs ramassées aux abords du champ de bataille. Marthe en produit un herbier intitulé Fleurs de guerre, avec plus de 42 pages et 147 fleurs. A la veille de sa démobilisation en mars 1919, Stanislas Boireau lui écrit

« La guerre malheureusement nous a pris plusieurs de nos meilleures années, espérons que nous rattraperons le temps perdu »

D’ailleurs, vu comme cela, on peut dire que l’élan révolutionnaire de 1917 a été une défense de la civilisation, un sursaut pour la vie contre la dévastation de la guerre industrielleUn processus similaire ne peut que se frayer un chemin dans l’actualité des menaces de guerre et de l’écocide en cours

Bien sûr, au quotidien, la vie est loin d’être simple. Elle est parsemée d’embûches économiques, de difficultés sociales, de haine et de trahisons. Bien sûr que la société semble avoir toujours un peu plus comme ordre du jour la guerre (comme le montre encore « Vostok 2018 », l’immense manoeuvre militaire de la Russie). Bien sûr que lorsqu’on pense au sort de la planète et, en général, à la vie sur terre, le tableau est sombre, et l’on est vite submergé par la morosité, la paralysie.

Par conséquent, nous n’oublions pas qu’entre nous et la révolution il y a justement les fascistes, car la processus révolutionnaire n’est pas linéaire et c’est cela qui faut que nous défendons l’optimisme au sens révolutionnaire et non pas naïf.

Etre révolutionnaire, c’est défendre une vision du monde rationnelle, fondée sur le besoin d’émancipation des classes populaires face à une vie de plus en plus dégradée par la crise capitaliste, accentuant le racisme et le sexisme.

Nous avons en héritage le mouvement des Lumières, celui qui a porté la raison et la science, assumé et défendu au siècle suivant par le mouvement ouvrier. Nous sommes cet héritage et nous allons faire progresser la société en mettant la science au service de la dignité sociale et de la protection de la planète !

Notre bataille culturelle se situe contre toute une optique de régression qui assombrit la vie quotidienne, contre la brume de la société bourgeoise pourrissante qui obscurcit notre libération.

C’est l’affaire de la décennie actuelle : l’ordre social bourgeois va s’éffondrer, et malgré les embûches qui se présenteront, le processus révolutionnaire triomphera !