L’Allemagne nazie : une société de junkie.

Le rôle de la drogue dans l’acceptation du fascisme est visible durant la lente ascension des nazis au pouvoir en Allemagne, puis elle trouve son apogée sous la dictature national-socialiste avec un morphinomane à sa tête, Adolf Hitler.

Nulle doute que le rôle des drogues dans la société actuelle peut s’y apparenter, avec par-exemple la banalisation de l’alcool, la massification du canabis, l’extension de la cocaïne à certaines catégories de prolétaires (restauration).

Dans la période 1920-1940, la société allemande « utilise » la drogue afin d’accepter la dépression et la frustration après la défaite de la première guerre mondiale. Puis, le régime nazi, sous couvert d’une lutte anti-drogue, va diffuser massivement une drogue énergisante battant la dépression et la fatigue : la pervitine, sorte de méthamphétamine.

Cette drogue permet à la fois de pacifier la société civile, de lui faire accepter l’autoritarisme du régime, et à la fois d’entraîner l’armée dans des « guerres éclaires » (Blitzkireg) malgré un rapport de forces parfois défavorable.

Après 17 jours sans sommeil grâce à la méthamphétamine, le repos du Blitzkireg

Voici des extraits choisis de L’Extase Totale : Le IIIème Reich, les allemands et la drogue écrit par Norman Ohler :

« En 1928 pour la seule ville de Berlin, ce ne sont pas moins de soixante-treize kilos de cocaïne et de morphine qui s’écoulent dans les pharmacies. […] La coke se répand partout et finit par symboliser l’époque dissolue que fut la république de Weimar. Toutefois, ce « poison dégénéré » est aussi très mal vu, et ce autant par les communistes que par les nazis qui se disputent le pouvoir dans la rue. […]

Les nazis ont déjà une recette toute prête pour soigner le peuple. Ils lui promettent un prompt rétablissement idéologique. A leurs yeux, la seule ivresse possible : la brune. En effet, les nazis aussi veulent planer. Ils rêvent de transcendance.[…]

Le mythe d’Hitler, l’ascète, l’ennemi des drogues qui fait fi de ses propres besoins, est une composante essentielle de l’idéologie nationale-socialiste, constamment mis en scène par la propagande. C’est ce mythe, encore vivace aujourd’hui, qu’il nous faut déconstruire.

Morell […] ce médecin à la mode, aussi roublard qu’égocentrique fait figure de pionnier dans un domaine bien particulier : les vitamines. […] Directement injectés dans le sang, les compléments vitaminés font des miracles chez les patients concernés. Et si les vitamines ne suffisent pas, il ajoute au débotté un stimulant cardiovasculaire dans la seringue, peut être même un peu de testostérone à des fins anabolisantes pour les hommes, voir un extrait de belladone pour les femmes qui leur procurera un regain d’énergie et un beau regard hypnotique. […]

Adolf Hitler et le Dr Théodor Morell qui va diffuser massivement l’usage de la pervitine (méthamphétamine)

Sa réputation franchit bientôt les portes de la ville et, un jour de printemps 1936, son téléphone sonne […] C’est la «Maison Brune», la centrale du Parti : au bout du fil, un certain Shaub lui fait savoir que Heinrich Hoffmann le «reporter photographique du Reich pour le NSDAP» souffre d’un mal pour le moins embarrassant. […]

Par Hoffmann, Hitler a entendu dire beaucoup de bien de Morell et de sa bonhomie. […] Il le remercie d’avoir guéri son vieux camarade et regrette de ne pas l’avoir connu plus tôt. Morell accueille ces compliments d’un air gêné et ne pipe mot ayant parfaitement conscience de faire tache dans ce beau monde. […] Ainsi tend-il l’oreille quand, au détour de la conversation, Hitler se plaint de problèmes gastriques qui le font souffrir depuis des années. Morell s’empresse d’évoquer un traitement certes inhabituel mais prometteur.[…]

En effet, entre Hitler et son médecin personnel va bientôt se nouer une relation tout à fait particulière.[…] Le bon vieux docteur Morell n’a aucunement l’intention de le disséquer pour trouver les causes secrètes de quelques pathologies. Une seringue lui suffit.[…]

Hitler s’habitue aux piqûres à répétition ainsi qu’à ces mystérieuses substances qui coulent dans ses veines pour soi-disant le revigorer.

Désormais le Chancelier s’autorise à une «piqûre de force» avant chaque discours important pour être en pleine possession de ses moyens. On lui administre de manière prophylactique des vitamines par intraveineuse pour pouvoir lever le bras le plus longtemps possible quand il fait le «salut allemand».[…]

Drogue du peuple et peuple drogué

Une publicité pour la Pervitine

Les premières années du traitement de Morell constitue une période des plus favorables pour un Hitler fringuant, en bonne santé. […] L’adhésion du peuple est toujours plus forte, |…] les plans de conquêtes sont déjà dans les tuyaux.|…]

Sous l’égide de Göring, l’économie suit désormais es plans quadriennaux visant à rendre le Reich autosuffisant pour toute matière que l’Allemagne peut produire elle-même. Cela concerne aussi les stupéfiants :

En effet, si la lutte antidrogue des nazis fait significativement baisser la consommation de cocaïne et de morphine, on pousse au développement les stimulants artificiels.[…]

Temmler aussi montre des signes de bonne santé. Le Dr Fritz Hauschild, chef du département de chimie, a eu vent d’une substance nommée Benzédrine, une amphétamine pas encore interdite comme produit dopant et qui aurait fortement influencé les résultat des sportifs allemands durant les jeux olympiques de Munich en 1936.

L’entreprise Temmler met alors toutes ses ressources à l’œuvre pour développer une substance qui permettrait d’accroître la productivité, répondant à une idéologie parfaitement dans l’ère du temps.

Hauschild a alors recours aux travaux de chercheurs japonais qui avaient déjà réussi à synthétiser en 1887 une molécule extrêmement psychostimulante nommée N-methylamphétamine, puis à la cristalliser sous forme purifiée en 1919.

Peu après, le 31 octobre 1937, les usines Temmler déposent à Berlin le brevet de leur propre version de ce psychotrope, première methylamphétamine allemande qui surclasse largement la puissante Benzédrine américaine. Nom commercial : la pervitine.

Dans les première semaines e 1938, la pervitine va se frayer un chemin vers le succès. A Berlin apparaissent des affiches sur les colonnes Morris et les tramways, dans les omnibus, les stations de métro et les trains de banlieue. Elles sont minimalistes : Un simple tube orange et bleu, un nom de produit et ses indications d’emploi – dépression, problèmes de tension, manque d’énergie : pervitine.[…] Et ce vieux truc du dealer : la première dose est gratuite.

Même la «frigidité féminine peut être soignée par des comprimés de pervitine. On peut ainsi obtenir de bons résultats grâce à un renforcement de la libido et de la vigueur sexuelle chez la femme». […] Les comprimés élaborés en condition de laboratoire sont purs et de qualité stable; il doivent aider à enrayer les baisses de régime et permettre d’intégrer au monde du travail les «simulateurs, les tir-au-flanc, les râleurs et les grincheux».

Les ateliers Temmler qui fabrique en moyenne 833 000 comprimés de pervitine/jour. Au pritemps 1940, l’entreprise fabrique 35 millions de doses pour l’armée pour faire la Blitzkireg…

La pervitine est à l’unisson avec l’Allemagne nazie. En effet quand le produit se met à conquérir le marché, tout dans l’esprit du temps porte à croire que le pays sort enfin de la dépression généralisée. Cependant, Hitler ne se laisse pas amadouer par ces succès diplomatiques, « à l’instar d’un morphinomane qui ne peut se passer de sa drogue, il ne pouvait plus s’empêcher de planifier de nouvelles prises de pouvoir, de nouveaux coups par surprise, des ordres d’invasion secrets et des entrées triomphales ».

La pervitine permet ainsi à l’individu de prendre part à l’enthousiasme collectif et à la vague « d’auto-guérison » nationale qui submergent prétendument le peuple allemand. Cette substance aux effet redoutables se mue en une denrée alimentaire que son fabriquant n’entends pas circonscrire au seul domaine médical. « Allemagne, réveille-toi ! » criaient les nazis.

« plus de joie dans les foyers » : la praline à la méthamphétamine.

La pervitine se charge désormais de garder éveillée. Échauffé par un cocktail mortel de propagande et de médicaments, le peuple sombre de plus en plus dans un état de dépendance. […] La méthamphétamine comble les fissures qui apparaissent bientôt dans ce beau tableau et la logique de dopage se répand dans les moindres recoins du IIIème Reich. La pervitine permet à l’individu de fonctionner sous la dictature. C’est du national-socialisme en gélule »

[…] La soirf de drogue grandit aussi dans la population civile. La fièvre pervitienne reprend de plus belle à partir de 1939. Elle touche aussi bien les femmes au foeyr qui,  » s’enfilent les pilules comme si c’étaient des bonbons » pour atténuer les effets de la ménopause, que les jeunes mères allaitantes qui surmontent ainsi le baby blues, ou encore des veuves en qupete du compagnon idéal qui avalent de fortes doses pour vaincre le tract d’un premier rendez-vous.

Le spectre d’utilisation de la pervitine ne connait plus de bornes. Pour l’ostétrique ou contre le mal de mer, le vertige, le rhume des foins, la schizophrénie, les angoisses, la dépression, l’apathie, les troubles cérébraux – qu’importe si ça les chatouille ou si ça les grattouille, les Allemandes prennent de plus en plus l’ahbitude de piocher dans le petit tube bleu et rouge.

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