Louis Aliot et le front réactionnaire contre la cause animale

Alors que des activistes se qualifiant « d’antispécistes » ont vandalisés, de ci, de là, des boucheries et des poissonneries, une vague de répression médiatique et politique se met en place. Peu étonnant mais l’extrême droite, dans sa principale incarnation institutionnelle (Rassemblement National – ex FN), a spontanément pris la défense des intérets de la viande.

En effet, ce mardi 3 juillet, Louis Aliot, vice président du Rassemblement National (RN), a soulevé la question du militantisme végan à l’attention du ministère de l’intérieur. Cette intervention écrite relève à la fois d’une méconnaissance volontaire du mouvement de libération animale, d’une hypocrisie terrifiante et d’une construction d’un vaste front réactionnaire.

Un parallèle qui relativise la Shoah

En tant que groupe antifasciste qui tient fondamentalement à la cause animale, c’est le parallèle honteux qui vise à mettre côte à côte le pogrom antisémite durant la Nuit de Cristal (1938) et l’action directe contre les boucheries de quelques militants « antispécistes » qui nous interpelle. Voici ce que dit Louis Aliot dans son intervention :

« Des devantures de boucheries ont été recouvertes d’inscriptions semblables à celles qu’on pouvait trouver sur les magasins appartenant aux juifs allemands lors de la Nuit de Cristal, visant à effrayer les artisans pour qu’ils cessent leurs activités professionnelles. »

Un magasin recouvert d’inscriptions antisémites après la Nuit de Crystal en 1938

En plus d’ignorer que la Nuit de Cristal était organisée par un régime politique (le IIIe Reich) et une idéoloigie (racisme biologique) et non le fait d’individus plus ou moins autonomes, la comparaison est scandaleuse car elle relativise la violence antisémite dans l’Allemagne des années 1930.

La nuit de Cristal se produit en 1938, soit 5 ans après l’arrivé des nazis au pouvoir et après l’ouverture de nombreux camps de concentration.

Pendant cette nuit de terreur collective, ce sont 200 lieux de culte juifs saccagés, 7 500 magasins juifs vandalisés, une centaine de juifs assassinés, 30 000 déportés dans les camps de concentration dans une seule optique : terroriser une population du fait de ses origines ethno-culturelles. En tout, ce sont 2 000 à 2 500 personnes qui trouvent la mort dans la nuit ou des suites de cette rafle raciste d’Etat.

Une synagogue entièrement détruite lors de la Nuit de Cristal

Quel est donc le rapport avec le saccage, par quelques militants, de boucheries qui sont ciblées non pas pour l’origine de leurs propriétaires mais pour l’idéologie sur lesquelles elles sont fondées (le « spécisme ») ? Il n’y en a pas, bien évidemment.

C’est là un procédé politique des plus infâmes visant à mettre sur le même plan un engagement qui, si l’on peut le contester, chercher à protester contre la violence envers les animaux, et un régime politique qui s’est construit sur l’exclusion et le massacre d’ennemis qualifiés de « sous-races » ou de « races à élminées ».

En fait, ce parallèle est encore la preuve du manque de considération pour la dignité humaine qu’incarne le Rassemblement National. Il révèle la pourriture intrinsèque d’un parti qui utilise un des plus grands massacres industriels racistes des temps modernes pour fortifier son démagogie nationaliste.

Evidemment, le R.N ne peut pas réellement comprendre le drame de la Shoah puisqu’il est lui-même fondé sur une matrice antisémite, celui de la défense de la nation contre le « mondialisme », nouvelle incarnation masquée de la « juiverie internationale ».

Pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka.

L’extrême-droite française a également comme nature politique le révisionnisme, le négationnisme, et dans un style plus soft le fait de relativiser la Shoah (la défense de la soit-disante liberté d’expression contre la loi Gayssot en étant un des symboles les plus explicites).

En réalité, une des critiques radicales de la Libération animale est justement de dire que si les animaux n’étaient eux-mêmes pas considérés comme des marchandises que l’on peut détruire de manière industrielle, alors toute génocide envers une population humaine réduite à une marchandise serait impossible.

Une des sources historiques du mouvement de la libération animale, auxquelles Louis Aliot fait (mal) allusion avec Peter Singer, reposent en grande partie sur une critique de la Shoah comme système de mise à mort industrielle. C’est le cas, par-exemple, du très connu Charles Patterson et son livre « Un eternel tremblinka » qui a trouvé échos dans une partie de la population juive avec l’appel à la compassion pour toute forme de vie.

Que représente la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs (CFBCT) ?

A la fin de son texte, Louis Aliot cite le président de la CFBCT pour appuyer ses propos. Il est clair qu’il soutient leur dénonciation de « l’idéologie végane » et s’affirme comme avançant à leur côté.


La seule filière porcine représentée par la CFBCT


Cela montre encore une fois que l’extrême-droite, tout en ayant l’air de prendre la défense des petits commerçants, agit dans les intérêts des grands monopoles capitalistes. Dans le cas présent, celui de la viande, car la CFBCT n’est autre que l’organe de communication de la filière viande, regroupée en différentes filières spécifiques.

Ils ont soutenu, par exemple, la modernisation de la communication de la filière porcines à travers le site leporc.com et orchestrent la valorisation de la viande dans les commerces.

Le soutien de la CFBCT à la campagne publicitaire identitaire et nationaliste « Le porc français ».

C’est donc une pièce maîtresse du secteur capitaliste de la viande, avec en arrière-plan la défense ouverte des monopoles dans une optique de Front réactionnaire, avec la répression des « antispécistes » comme gage d’unification politique.

A quoi peut-on mesurer cette « coalition » réactionnaire ?

Le véganisme, c’est s’écarter moralement du mode de production capitaliste qui consiste à considérer, de manière individualiste, la vie comme une marchandise.

Dans la question animale, il y a donc aussi celle de la reconnaissance de la vie, une lutte des classes pour la défense de la planète en général.

C’est en effet une question cruciale à laquelle la société humaine va devoir répondre rapidement, mais comme l’extrême-droite nie l’écocide elle ne peut pas aller dans ce sens là. Si elle nie l’écocide c’est justement parce que ses intérêts résident nulle part d’autre que dans ceux de ceux qui  détruisent la planète.

Contre d’autres formes de lutte pour les animaux, c’est le même genre de réaction drastique des exploitants d’animaux qui a lieu, avec notamment l’interpellation de l’Etat pour demander une protection.

C’est, par exemple, le cas dans la défense de la chasse à courre avec l’obtention du soutien de personnalités conservatrices dans l’État pour organiser une vaste répression physique et morale de la population mobilisée contre une pratique héritée de la vieille aristocratie…

L’intervention de Louis Aliot n’est donc pas une intervention faite au hasard car elle est l’expression d’une structuration politique de la bourgeoisie réactionnaire autour des éléments capitalistes de la viande, avec la volonté de renforcer l’hégémonie nationaliste dans les campagnes.

Si elle se veut populaire, la lutte antifasciste doit prendre au sérieux ces nouveaux éléments du Front réactionnnaire !