Une Histoire Populaire du Football : Vers un football antifasciste.

Voici un extrait du livre Une Histoire Populaire du Football écrit par Mickaël Correia, oeuvre essentielle à la mémoire de gauche dans la culture sportive populaire qu’est le football. L’extrait choisi concerne le rôle des équipes ouvrières de foot dans les années 1930 à l’édification d’un front uni contre le fascisme et la guerre dans le sport.

Histoire à mettre en raisonnance avec le coup d’envoi, ce jour, de la Coupe du monde de football masculin (FIFA) en Russie, pays impliqué, comme de nombreux états impérialistes, dans le massacre de la population Syrienne alors que le fascisme progresse à grands pas.

« Alors que l’ISOS avait dès 1932 tenté de mettre en place un championnat d’Europe de football ouvrier, vite avorté suite à la disparition des sections ouvrières allemandes et autrichiennes après l’arrivées au pouvoir des nazis, une Coupe du monde du football ouvrier est organisée dans le cadre [du] Rassemblement international des sportifs contre le fascisme et la guerre.

Coupe du monde fasciste en Italie (1934). Opération de propagande cautionnée par la FIFA

En réponse à la Coupe du monde officielle qui s’est tenue deux mois auparavant dans l’Italie fasciste et qui fut un incroyable outil de propagande au service du Duce, la Coupe du monde du football ouvrier entends dépasser les chauvinismes sciemment «entretenus par la bourgeoisie» et être une vitrine de la solidarité internationale entre les peuples.

Douze équipes de football, dont les Etats-Unis, participent à cette compétition mondiale du 11 au 14 août 1934. En raison de la repression nazie contre le mouvement ouvrier, l’Allemagne est en revanche absente de la compétition. Une équipe d’Alsace et une équipe de Sarre sont cependant conviées, en témoignage des préoccupations pacifistes des organisateurs.

Une formation soviétique est également invitée, au grand dam des autorités françaises qui n’apprécient guère ce tumulte sportif révolutionnaire – le 10 août de sévères affrontements opposent des sportifs communistes aux forces de l’ordre à la gare du Nord.

La Coupe du monde de football ouvrier entend par ailleurs proposer un véritable contre-modèle aux compétitions à la fois mercantiles et nationalistes promues par la FIFA.

Equipe ouvrière de Sochaux !

Ce mondial ouvrier est ainsi arrimé au Rassemblement international des sportifs contre le fascisme et la guerre, marquant le refus de la séparation, de la spécialisation et de l’apolitisation des différentes disciplines sportives. […]

Les émeutes antiparlementaires des ligues d’extrême-droite devant l’assemblée nationale du 6 février 1934 – perçues comme une tentative de coup d’état par les forces de gauche – et la contre-manifestation du 12 février où cortèges socialistes et communistes convergent en scandant «Unité !» renforcent chez les sportifs l’idée qu’il est désormais urgent de se coaliser. […]

Devant les menaces fascistes et les dangers de guerre, les organisations sportives des travailleurs ne sauraient prolonger plus longtemps leur division, ne méconnaissant pas les enseignements qui se dégagent des durs combats que la classe ouvrière des autres pays (Allemagne, Autriche, Italie, Lettonie) a dû engager contre des adversaires dont la victoire n’a été possible qu’en raison de la division ouvrière.» [Début de la charte constitutive de la FSGT (Fédération Sportive et Gymnique du Travail.)]

Affiche fasciste estampillée F.I.F.A.

«Nous luttons pour avoir des stades, des terrains, des subventions, précise Sport, le journal officiel de la fédération, le 10 avril 1935. Nous voulons une jeunesse saine et solide, mais nous ne voulons pas la livrer aux mains des militaristes, des chauvins, des fascistes. Pas de sport au service des marchands de canons !»

Ce sont pourtant les canons qui mettent fin à la tenue de ces Olympiades antifasciste de Barcelone. Le soir du 18 juillet 1936, la veille même de la cérémonie d’ouverture au stade de Montjuïc, le général Franco déclanche un soulèvement militaire pour destituer le Frente Popular, élu en février.

Certains sportifs antifascistes descendent dans les rues de Barcelone et participent aux premières batailles de la Guerrecivile d’Espagne à l’instar d’Emanuel Mink, footballeur juif polonais d’Anvers qui s’engage au sein des Brigades Internationales et restera en Espagne jusqu’en 1939. D’autre rejoindrons la colonne Durruti ou encore le bataillon Thälmann et déclarent par la suite :

Nous étions venus défier le fascisme sur un stade et l’occasion nous fut donnée de le combattre tout court.»