Mai 68 a-t-il libéré les femmes ?

Lorsque l’on compare la situation des femmes en 2018 et celle avant 1968, on doit admettre que celle-ci a évolué, les femmes ont eu une lutte historique pour cela. Pourtant, la société reste dominée par les hommes.

Comment le capitalisme s’accomode-t-il du progrès pour les femmes, comment des années de luttes féministes se sont retournées contre les femmes ?

[Cet article vient compléter l’article du 8 mars, pour renforcer la critique du féminisme libéral qui soutient en fait le patriarcat dans ses nouvelles formes de domination]

Avant que les femmes n’entrent dans le salariat et qu’elles ne s’organisent collectivement dans des luttes d’émancipation, il y avait l’organisation féodale de la société. Celle-ci était structurée par le carcan bien connu du « patriarcat », c’est-à-dire une société qui fonctionne exclusivement par et pour les hommes. Les femmes étant réduites à leur rôle de reproductrices et d’administratrices du foyer, à celui d’éduquer les enfants.

Le patriarcat : Les hommes traitent entre eux et possède les femmes, les animaux, les « terres », les choses.

Dans les pays impérialistes, la tendance générale est que ce patriarcat féodal a été « renouvelé », mais il n’a pas pour autant disparu. Du fait du développement inégal du capitalisme dans le monde, le patriarcat « traditionnel » se maintient dans nombre de pays sous domination impérialiste.

Dans ces pays « néo-colonisés », la base féodale entretenue par des grands propriétaires fonciers à la solde des impérialistes permet le maintient de la religion comme principale structure idéologique dans la société. Le féodalisme qui met au centre de la vie les relations d’ « hommes à hommes » tout autant que la religion qui valorise le conservatisme explique le maintien d’un patriarcat « traditionnel ».

Peut-on pour autant dire que dans les pays dominants les femmes ne sont pas opprimées ? Non, au contraire.

Dans une société capitaliste, tout est potentiellement réductible à un statut de marchandise, le corps des femmes en fait partie. C’est ainsi que la « révolution sexuelle » issue de mai 1968, tout en libérant relativement les femmes de leur foyer ou légalisant l’avortement a dans le même temps généralisé la pornographie, la sexualité comme consommation à travers de nouveaux secteurs.

Vidéo : «Changer la vie, changer le quotidien» « des relations saines » : Les grandes revendications du MLF (1971)

Avec l’accentuation du libéralisme, certaines formes de féminisme du XXIème siècle ne pensent plus réellement le patriarcat tandis qu’un supposé choix personnel se place au centre du militantisme. Ainsi, le « choix » individuel de faire de la pornographie, de vendre son corps sont vus comme des revendications féministes en lieu et place de revendications collectives d’émancipation pour toutes.

Le corps des femmes : un objet que les hommes doivent s’approprier et dominer.

Il y a donc une apparente amélioration du quotidien des femmes et de leurs droits administratifs, mais dans le fond il y a une « nouvelle » manière pour les hommes de les dominer. Il serait également erroné de croire que le patriarcat traditionnel est effectivement éradiqué de la société.

Les femmes prolétaires expérimentent alors deux types de domination masculine :

  • Celle qui vient de l’ordre familial. Dans ce cas de figure, les femmes passent de l’autorité du père ou autre parent masclin, à l’autorité du conjoint. Une situation sociale difficile accentue cela car l’absence de perspectives fait resserrer les préoccupations des femmes sur la construction d’un foyer. Dans ce modèle, les femmes sont donc recluses dans le foyer et l’on a le maintien d’une double journée de travail (travail salarié + travail domestique, sur-charge mentale).

  • Celle qui vient de la pression libérale avec l’injonction à multiplier les expériences et à se soumettre à une série de codes avilissants ainsi qu’aux désirs indignes des hommes.

    Le féminisme Beyonce ou le corps-objet pseudo-émancipateur, un modèle pour les jeunes femmes…

L’exemple des petits « bleds » de campagne et des quartiers populaires HLM dans les pays impérialistes est intéressant car les femmes ont administrativement le droit de sortir et d’avoir leur indépendance, pourtant dès qu’elles sont (« trop ») dehors, elles sont exposées à être considérées comme des « putes ». Il y a ce phénomène de « tout le monde connaît tout le monde » et de l’emprise des traditions, du conservatisme dans les mentalités.

Il y a donc le poids du patriarcat « modernisé » : s’il faut « plaire aux hommes » et « se libérer », la sortie de l’espace domestique pour « flaner » est toujours « suspect » ce qui oblige « à controler sa réputation » (patriarcat traditionnel).

Ces deux formes de patriarcat en apparence contradictoire se rejoignent en réalité dans le quotidien des femmes, générant ainsi un tiraillement permanent.

L’évolution de la condition des femmes dans l’histoire du XXème siècle est une bonne illustration du relatif échec des mouvements de 1968 restant dans l’existantialisme, n’assumant pas la lutte révolutionnaire, avec des femmes dirigeant le mouvement.

Le patriarcat se renouvelle par le capitalisme autant que le capitalisme a besoin du patriarcat pour se reproduire et on ne pourra avancer sans s’émanciper des deux.

L’assaut des femmes contre le capitalisme est central dans l’objectif de destruction du patriarcat !

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