Le conflit en Syrie, une poudrière mondiale

Vendredi 13 avril 2018, des frappes aériennes menées par la France, les USA et la Grande-Bretagne ont touché une base de recherche et deux sites de production supposés d’armes chimiques utilisées par le régime syrien.

Le conflit civil qui s’enlise depuis 2011 a déjà causé 500 000 morts et plus de deux millions de personnes blessées.

La France a un rôle stratégique autonome dans cette affaire et il est faux de renvoyer tout cela à une soumission à Donald Trump et des « USA ».

XXe siècle : la Syrie, chasse gardée de la France et interventions Russes

Depuis la première guerre mondiale, la Syrie fait partie de cette région du monde où les tensions entre grandes puissances industrielles s’affirment. En mai 1916, l’accord de Sykes-Picot entraine la répartition de la Syrie entre la France et la Grande-Bretagne, avec une délimitation des frontières à la conférence de San Remo en avril 1920.

Le protectorat français en Syrie

Ce n’est qu’après l’écrasement de la résistance syrienne en 1923 qu’est établi le protectorat français de Syrie (capitale administrative Beyrouth) jusqu’à l’indépendance en 1946. Afin de régner, la France divise la Syrie en quatre États : Etat d’Alep, Etat de Damas, Etat du Grand Liban, Etat Alouite. L’impérialisme français s’appuiera essentiellement sur les Alaouites pour maintenir sa domination, et nombre de dirigeants Syriens des années 1930 seront formés sur les bancs des universités parisiennes.

Dès 1946-1947, la Syrie conquiert son indépendance et se rapproche de l’URSS, permettant à cette dernière d’implanter des bases militaires dont la base navale du port de Tartous. En 1966, un putsch pro-soviétique place la Syrie directement dans le giron des intérêts russes.

En 1970, la fraction nationaliste « panarabe » du « Parti Baas » menée par Hafez Al-Assad (père de Bachar) mène un putsch militaire et reprend le contrôle du pays. Les éléments pro-soviétiques sont mis de côté et c’est une économie planifiée par l’Etat qui est mise en place.

2011-2018 : la guerre civile en Syrie

La Syrie est dirigée depuis 1970 par la fraction nationaliste et issue de la minorité alaouite du Parti Baas dans le cadre du « Front National Progressiste » (FNP), avec Bachar Al-Assad qui succède à son père en 2000.

Issus en partie de l’armée et plutôt laïcs, les alaouites représentent 10 à 12 % de la population et ont connu une élévation sociale grâce à leur position dirigeante et à la corruption des « moukhabarat » (service de renseignement du régime par lequel tout passe, y compris l’ouverture d’une simple petite boutique). Les alaouites sont sur-représentés dans l’école de haute administration (cadres de l’appareil d’État) amenant cette minorité ethnico-religieuse à être la classe supérieure cultivée des centre urbains.

En 2005, le régime a entrepris une vague de libéralisation des principaux secteurs économiques du pays. Cela a entraîné un exode rural massif et la fin de la gratuité du système de santé et de l’éducation, avec un tiers de la population sous le seuil de pauvreté et plus de 20 % de chômage ( avec 75 % de jeunes de 15-24 ans). Cette paupérisation s’est renforcée en 2006-2007 avec l’arrivée de milliers de réfugiés irakiens, à cause de la guerre civile en Irak déclenchée à la suite de l’intervention américaine de 2003.

La pénétration des capitaux étrangers en Syrie au cours des années 2000, base de l’impérialisme moderne.

A partir d’avril 2011, d’importantes manifestations populaires ont lieu dans le pays contre la misère sociale et la corruption du régime. Alors que la jeunesse semblait s’armer notamment à travers des « Katibas » (brigades) et en établissant un mouvement civil.

La défection de cadres de l’armée en juillet 2011 a progressivement amené la formation de maquis puis de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Cette structuration politico-militaire face au régime de Bachar Al-Assad a entraîné la guerre civile qui continue jusqu’à aujourd’hui.

Comme la Syrie est devenu la poudrière du système impérialiste, les configurations sont très complexes.

A partir de 2013, on a assisté progressivement à une « islamisation de l’insurrection » (Frères Musulmans, Jabhat Al-Nosra, Daesh, Hezbollah Libanais, etc.), après une intense répression du régime contre les forces de gauche (comme le Parti Démocratique du Peuple, ou le « Parti de l’Action Communiste »). Seul le « P.Y.D » (Parti de l’Union Démocratique) lié au PKK est devenu, au cours de la guerre civile, une force hégémonique dans la minorité kurde de Syrie et apparaît comme un pôle progressiste dans la région.

La fragmentation de l’opposition syrienne, divisée entre le Comité de Coordination Nationale pour un Changement Démocratique (CNCD) et le Conseil National Syrien (CNS), permet au régime de Bachar Al-Assad de se maintenir.

La Syrie, zone stratégique pour les puissances impérialistes.

La libéralisation économique de 2005 a permis le retour progressif des impérialistes dans la zone avec l’objectif de faire de la Syrie la principale zone de « transit énergétique » pour le pétrole, le gaz et le phosphate.

Avec sa relation historique, la France avait déjà des intérêts bien placé dans le pays, comme Total présent depuis 1988 et parvenant à négocier avec la « Syrian Petroleum Campgny ». Le monopole pétrolier français a quitté le pays depuis 2011…

Depuis le milieu des années 2000, la France n’a eu de cesse d’exporter des capitaux et des « experts » économiques et administratifs aux côtés du régime de Bachar Al-Assad dans une optique de contrôle économique des ressources et de domination politique.

La cimenterie Lafarge à Jabaliya au nord de la Syrie.

Lafarge, monopole français de la cimenterie, planifiait déjà la chute de Bachar Al-Assad et un juteux marché de l’immobilier des infrastructures. Alstom prévoyait également la construction d’une importante centrale électrique. Air Liquide, entreprise chimique ayant un usine près de Damas en 2010, devait contribuer à alimenter le marché des gaz industriels dans la toute la région. Schneider Electrique avait également une forte activité , avec près de quatorez projets industriels en 2014. Le géant de la consommation Carrefour avait également des vues en Syrie…

Bastion Social en soutien à Bachar Al-Assad

Dès mars 2011, la France change de position et prévoit une chute du régime et coupe progressivement ses liens avec le régime. Elle engage alors toutes  ses forces dans cette direction afin de s’assurer une « place au soleil » (avec par-exemple la fermeture de l’ambassade française de Damas le mars 2012). Mais la bourgeoisie française se divise sur cette question : la délégation de trente députés emmené par le très réactionnaire Thierry Marianni en mars 2016 montre qu’une partie de la bourgeoisie veut maintenir le lien avec le clan Al-Assad (comme Bastion Social qui soutient le régime, tout comme Marine Le Pen, avec derrière l’alliance avec la Russie de Poutine).

La Russie qui a toujours souhaité avoir un accès commercial à la mer méditerranée défend coûte que coûte ses bases navales, dont celle stratégique de Tartous. Elle soutient donc, par voie aérienne, le régime de Bachar Al-Assad, de même que la Chine (allié tactique de la Russie) qui est le premier fournisseur commercial du pays et investit fortement dans le pétrole grâce à la « China National Petroleum Corporation ».

Thierry Mariani et les trente députés français chez Bachar Al-Assad en mars 2016

La Turquie soutient les impérialistes occidentaux afin de contrer l’autonomie kurde dans la région et maintenir sa domination nationaliste.

Les vieilles puissances industrielles qui avaient tenté de s’approprier la Syrie déjà au XXe siècle sont « de retour » dans la zone.

La base navale Russe de Tartous

C’est le sens des interventions russes avec des bombardements anti-rebelles dès septembre 2015, tout autant que de l’intervention occidentale dirigée par la France en avril 2018 contre le régime de Bachar Al-Assad. Cette intervention française avait par ailleurs déjà été tenté en 2013.

Dans le conflit Syrien, c’est bien le droit à l’auto-détermination du peuple qui est bafouée, peuple syrien déjà dien trop divisé en plan confessionnel et ethnique. Rien de bon ne peut sortir d’interventions extérieures et seule une résolution interne au pays peut amener une sortie positive. Seule la conquête de l’autonomie politique et culturelle grâce à une révolution démocratique nationale est à même de chasser les forces impérialistes et leurs soutiens dans le pays.

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