Pourquoi parlons-nous du racisme et de l’antisémitisme ?

Tout le monde le constate aisément : les propos et les attitudes racistes et antisémites sont de plus en plus banalisés. Il y a un laisser-aller général par rapport à ce climat. Mais comment comprendre cette fascisation d’un point de vue progressiste ?

Par la défense d’une « culture métissée et populaire », nous mettons en avant l’idée que la culture est une rencontre, un mélange puis une fusion de tous les peuples du globe. C’est là l’aspect positif de l’antiracisme, au-delà des postures naïves et morales de refus de « la haine », d’acceptation de « l’autre ».

En nous plaçant du côté de la lutte de la classe exploitée, nous critiquons le mode de production capitaliste dirigé par une classe sociale, la bourgeoisie. C’est là l’aspect positif de la lutte contre l’antisémitisme qui n’est pas une simple « judéophobie ».

Le racisme et l’antisémitisme permettent de remplacer dans les esprits la lutte des classes par une pseudo « lutte des races ». Ces deux éléments se renforcent mutuellement pour maintenir un capitalisme voué à disparaître :

Massacre d’ouvriers italiens par des ouvriers français dans les mines de sel d’Aigues-Mortes (1893)

  • Dans le climat antisémite de l’affaire Dreyfus, c’est le massacre d’ouvriers italiens à Aigues-Mortes en 1893

  • Dans les années 1930 alors que l’Action Française appelle « à fusiller dans le dos le juif Blum » ce sont les violences anti-polonaises dans le Nord et anti-italiennes en Savoie qui sévissent

  • Dans les années 1970-1980 aux ratonnades anti-arabes dans le sud de la France s’ajoutent les attentats de la rue Copernic en 1980 puis de la rue des rosiers en 1982

Le racisme divise « en bas » les classes populaires qui vivent le processus de métissage.  C’est là que l’idée de « bouc-émissaire » intervient pour bloquer ce processus qui amène à la communauté mondiale, au dépassement du chauvinisme national.

Mais pour bien neutraliser la lutte des classes, il ne suffit pas de diviser la classe opprimée. Il faut aussi lui « offrir » « ennemi commun » avec la bourgeoisie.

L’antisémitisme « offre » ainsi aux classes populaires un « ennemi » du « haut ». En diffusant l’idée que ce sont les « juifs » ou « les sionistes » qui sont « dans le showbizz », qui dirigent les « médias », qui « contrôlent » les banques, la bourgeoisie est effacée.

 » N’oubliiez pas la Shoah, combattons l’antisémitisme !  » – Hamburger Supporter Club 1887

Avec ce dispositif de neutralisation, les fascistes peuvent se présenter comme « révolutionnaires ».

La lutte des classes serait ainsi une défense de la nation affaiblie par le « multiculturalisme », « les minorités ». Le « remplacement de population » serait orchestrée par une « minorité occulte » : les « mondialistes », les « sionistes », les « juifs »….

Alors pourquoi parler du racisme et de l’antisémitisme comme d’un « dispositif de neutralisation » de la lutte des classes ?

Parce que c’est une nécessité pour être autonome dans la lutte des classes. Sans unité populaire contre la triple oppression, sans projet d’émancipation général, on reste sur une posture morale qui évacue l’écocide capitaliste, l’exploitation, les oppressions…