« Porno partout, féminisme nulle part » : peut-on défendre la pornographie et se revendiquer du féminisme ?

La pornographie est omniprésente dans le quotidien, la publicité, la bande dessinée, l’usage des réseaux sociaux en est imprégné. Il y a aussi l’idée contemporaine que l’on pourrait faire de la pornographie féministe. En cette journée pour les droits des femmes, peut-on défendre la pornographie en se disant féministe ?

Dans le débat sur la pornographie et plus généralement le «travail du sexe », il faut d’abord rappeler qu’il y a une différence entre le consentement individuel et les revendications politiques.

Les personnes actrices de film de X qui veulent se revendiquer féministes le justifient par le fait qu’elles ont choisi cette voie, qu’elles y sont heureuses et épanouies, qu’elles mettent elles-même les limites, etc.

C’est là un point de vue individualisé au maximum, et qui plus est, qui s’axe sur le consentement plutôt que sur le féminisme. C’est une position politique qui s’inscrit dans la modernisation du capitalisme où l’individu agit seulement en fonction du consentement et non pas en relation avec une éthique collective (ici la défense des femmes).

Le féminisme, c’est un mouvement pour l’émancipation des femmes.

De manière générale, quand on regarde un film porno, on voit des choses dégradantes pour les femmes. Elles sont le plus souvent dominées, violentées, humiliées par des pratiques sexuelles bien souvent fondées sur la culture patriarcale. Aussi, le corps des femmes est réduit à ses orifices et à leur apparence, de la même manière que seule la performance doit passer par le corps masculin.

Certes, les personnes actrices ont peut-être le contrôle de leur vie. Mais en s’affirmant féministes, elles font preuve d’un cruel manque de critique sur ce que renvoie en général la pornographie sur l’image de la femme, notamment dans les relations intimes. C’est la même chose pour les pseudo féministes des « Femen » qui jouent sur cette sexualisation des corps, sans jamais critiquer le fait que tout cela permet de reproduire les visions sexistes…

Dans son interview pour Konbini, Nikita Belucci, ancienne hardeuse, affirme que la pornographie est compatible avec le féminisme mais affirme également que c’est de la fiction, que « ce n’est pas ça faire l’amour » et qu’il ne faudrait pas que les enfants et jeunes adolescents puissent voir ça.

C’est une contradiction de taille ! Comment ne pas voir que la pornographie ne sert absolument pas les femmes et plus généralement une relation intime respectueuse ?

C’est la problématique que prétend résoudre la pornographie « alternative » « indépendante », avec le succès des vidéos amateurs ou des réalisatrices qui veulent mettre en avant une autre manière de filmer des rapports sexuels, d’un point de vue « féminin ».

Mais la sexualité est profondément conditionnée par la pornographie, par les représentations machistes qui en ont fait les codes. Si bien que, comme l’affirme un youtubeur et acteur porno amateur pseudo-féministe « on a tous les vieux schémas du porno mainstream parce qu’on en a regardé. On peut avoir tendance à imiter, même sans faire exprès. »

Au lieu de poser la question de comment réformer la pornographie, ne doit-on pas se poser la question de pourquoi continuer à vouloir donner en spectacle son intimité ?

Que la pornographie soit machiste ou « féministe », en quoi cela transforme-t-il les choses dans le bon sens ? Quelle que soit la nature de l’industrie X, elle est et sera toujours une projection de fantasmes, une compensation d’un manque affectif et sentimental dans la vie réelle.

La sexualité est un échange intime entre deux personnes qui s’aiment et se respectent moralement et physiquement. Plutôt que de faire une pornographie féministe, il est préférable de changer le réel pour élaborer de nouvelles relations sexuelles harmonieuses.

Les progressistes luttent pour le respect, l’inclusion et l’égalité dans toutes les relations sociales, y compris les relations intimes et sexuelles. Les féministes ne tolèrent pas que le corps des femmes soient réduites à une exhibition marchande et dégradante !

Le patriarcat diffusé par la pornographie ne doit pas pas programmer nos vies.

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