Chambéry : sur la stratégie du Bastion Social

Le groupuscule néonazi Edelweiss-Savoie a annoncé de manière enthousiaste sa dissolution dans le nouveau mouvement « Bastion Social », envisageant l’ouverture prochaine d’un local.

Issu du groupuscule néofasciste Groupe Union Défense (GUD), « Bastion Social » a consisté en mai 2017 en l’ouverture pendant trois semaines à Lyon d’un pseudo « squat » excluant les personnes immigrées.

Après Strasbourg et l’ouverture du bar l’Arcadia, la création d’un « Bastion Social » à Chambéry montre la capacité de la tendance nationaliste-révolutionnaire à s’unifier dans un mouvement politique et idéologique autonome.

Le communiqué officiel de Bastion Social Chambéry (cliquez sur l’image pour agrandir)

Un saut qualitatif est franchit par les forces nationalistes-révolutionnaires. Cela révèle que le « Bastion Social » est bien une proposition stratégique dans le contexte de recomposition de l’extrême droite en général.

Conférence en septembre 2017 d’Eldeweiss-Savoie avec Steven Bissuel, président du Bastion Social, et Sebastien Magnificat, responsable français de Casapound

Edelweiss-Savoie, engagé dès le début dans le « Bastion Social », intègre ainsi sa ligne « national, social, radical » dans une démarche et un « life style » de hipsters fascistes, mettant de côté le foklore « faf ».

Leur orientation politique est évidemment en filiation directe avec le fascisme historique puisqu’elle se fonde sur l’idée d’un « élan vital » en faveur du « peuple-nation » qui serait en cours de « destruction »…

Le rebelle fasciste s’imagine ainsi être un militant social défendant le « vrai » peuple contre les personnes immigrées qui seraient « favorisées » par des aides sociales, des logements « offerts » par les « élites mondialistes ».

Le squat Bastion Social à Lyon en mai 2017, expulsé après trois semaines

La proposition est de type nationale-socialiste : la défense sociale du peuple « autochtone » au service de la grandeur de la Nation. Le fond du projet c’est bien le nationalisme sur une base raciste pour casser toute velléité unitaire et populaire de révolte contre la bourgeoisie.

Ce qu’il faut voir également c’est que ce projet « extra-parlementaire » vient labourer un terrain en jachère depuis l’affaiblissement politique des identitaires et la recomposition du F.N (avec la sortie de courant « social-patriote » de Florian Philippot).

Il est peu étonnant d’ailleurs que son président lyonnais, Steven Bissuel, donne des conférences un peu partout sur ce nouveau mouvement, y compris à la 11e journée de « Synthèse Nationale » où sont présents les éléments historiques sortis du F.N.

Concert d’Autour du Lac (Haute-Savoie) avec les groupes de la Casapound après la manifestation du bastion Social à Lyon en octobre 2017.

« Bastion Social » oriente ainsi le courant nationaliste-révolutionnaire vers un mouvement autonome produisant une pression sur les autres tendances de l’extrême droite.

Cette pression est d’autant plus grande que le prestige s’illustre  par les liens entretenus avec la Casapound en Italie.

La reprise du slogan de Casapound « Insurgé conte la fatalité » (Insorgere contro il fatalismo) tout comme la venue du groupe Zetazeroafla (dont le chanteur n’est autre que le fondateur de Casapound) lors du concert d’Autour Du Lac après la manifestation du Bastion Social à Lyon en sont des illustrations.

Au final, le boulevard pour une tendance nationaliste-révolutionnaire était évident : l’espace a été saisi et il s’étend.

Le message est clair : les fascistes débordent sur la critique sociale en la soumettant au nationalisme.

Inauguration de l’Arcadia, lieu du Bastion Social Strasbourg, en décembre 2017

A l’agitation politique des manifestations en juillet et en octobre 2017 à Lyon s’ajoutent désormais des bases matérielles, avec donc Chambéry en Savoie.

Les bases d’appui pour une future mobilisation en faveur du nationalisme comme stratégie de « protection sociale » se renforcent concrètement.

Cette tendance de l’extrême droite est une des pires pour la gauche car elle tente de parasiter la critique sociale en faisant de la confusion à travers le nationalisme.

Cet espace « nationaliste-autonome » est à prendre avec le plus grand sérieux dans le cadre historique du rapport de force entre les forces progressistes et les forces fascistes.

Les forces de gauche doivent assumer, elles aussi et par ses propres manières, un saut qualitatif face à la montée du fascisme.

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