On ne peut pas parler du racisme sans parler de la lutte des classes

Souvent on parle du racisme comme une « bêtise », comme quelque chose de porté par des personnes qui n’aurait pas de « culture ». Nous pensons plutôt que le racisme est une oppression qui permet de reproduire le capitalisme avec le fameux « diviser pour mieux régner ».

Cela se voit dans la vie concrète et quotidienne, comme nous voulons le démontrer ici pour la Haute-Savoie.

Les villages reculés sont soit peuplés par des personnes aisées, soit par des agriculteurs. Il y a aussi les grands chalets sur les coteaux à l’adret (exposés au sud où le soleil y est le plus vivace) et les belles villas qui parsèment les bords du lac Léman ou d’Annecy.

Ces zones concentrent souvent une population de propriétaires et de cadres d’entreprises locales et des personnes salariées en Suisse.

A l’inverse, dans les « fonds » de vallée, il y a les populations les moins aisées. Il y a les petits hameaux résidentiels peuplés par les couches intermédiaires mais aussi les quartiers HLM où résident les populations ouvrières, notamment celles issues de l’immigration .

Le quartier populaire du Perrier à Annemasse. Marine Le Pen a obtenu dans cette ville 26 % des voix au 2e tour de l’élection présidentielle.

Au final, il y a comme une règle : plus on monte en altitude, plus on fréquente des populations aisées et blanches et plus on descend dans les vallées, plus on fréquente une population métissée et populaire.

Cette répartition est-elle le fruit du « hasard » ? Bien sûr que non. Le racisme et l’attirance pour la vie bourgeoise sont des explications rationnelles à ce phénomène.

Les couches sociales qui accumulent des « ressources » cherchent une stabilité sociale et un confort de vie. Mais pour avoir cela dans la société actuelle, il faut passer par la propriété privée et un « embourgeoisement ».

Le village de Saint-Paul en Chablais au dessus du très riche Evian-les-Bains. Marine Le Pen a obtenu 38 % des suffrages exprimés au 2e tour de l’élection présidentielle

L’« embourgeoisement » consiste alors à devenir propriétaire de sa maison individuelle dans un endroit « calme » et, si possible, en « hauteur » (la vue et le soleil oblige !). Bien sûr pour cela, il faut avoir des ressources et des réseaux d’entre-aide car le prix des terrains est très élevé.

Les familles populaires qui « choisissent » cette voie le font avec la volonté de sortir de la vie en logement locatif, mais aussi, indirectement, pour se « démarquer » de populations des quartiers HLM.

Il est légitime de vouloir des conditions de vie digne et « confortable ». Le problème n’est pas cette aspiration humaine mais la manière dont elle se réalise.

Dans une société dirigée par la bourgeoisie, cette aspiration prend forcément l’orientation de cette classe et c’est là qu’apparaissent des idéologies racistes.

Pourquoi cela ?

Car la bourgeoisie locale, elle, n’a pas besoin de « se démarquer » puisqu’elle vit déjà en vase clos. En tant que classe dominante, elle s’approprie « normalement » les espaces de vie les plus agréables, cela va de soit…

Par conséquent, elle cherche à protéger son pouvoir et son opulence en vivant dans des sortes de « ghettos » de riche. C’est là le sens des « communes de voisins vigilants » diffusant une peur et une paranoïa raciste. Les voleurs seraient forcément les pauvres d’origine immigrée issus d’ « en bas »…

Les voisins vigilants dans le très riche village de Lovagny à côté d’Annecy. Le revenu fiscal moyen y est de plus de 29 000 € contre 20 000 € en moyenne dans le département (insee)…

La séparation sociale et spatiale entre la population blanche aisée et la population ouvrière métissée donne du « grain à moudre » pour les théories complotistes du « grand remplacement » ou de la « préférence étrangère ».

Est-ce d’ailleurs étonnant que les fascistes résident souvent dans ces villages et les bords du lac avec très peu de mixité culturelle et où des personnes protègent leur réussite sociale dans des quartiers ultra-sécurisés ?

Leur idéologie raciste de défense acharnée de la propriété privée est un reflet de leur vie quotidienne. Ils ont une hantise : l’offensive métissée et populaire d’ « en bas ».

Affiches Identitaires à Sillingy, véritable « ghetto de riches » et commune de « voisins vigilants » à côté d’Annecy.

D’ailleurs des accrochages réguliers existent dans les boites de nuit ou dans d’autres soirées avec en toile de fond tout ce phénomène…

L’aspiration au pavillon privé favorise la diffusion de la mentalité raciste d’entre-soi des dominants avec la défense paranoïaque de leurs quartiers.

Pour les personnes qui ne peuvent pas atteindre l’idéal pavaillonaire il ne leur reste que deux choix : ou bien  changer collectivement les choses ou bien se retourner contre un « bouc-émissaire ».

Des tags racistes dans un village de Haute-Savoie

Ce « bouc-émissaire » c’est l’étranger (souvent orienté vers les personnes arabes) qui piquerait « le travail », volerait les « bons français », obtiendrait plus d’ « aides sociales »…

C’est pour cela que nous parlons de lier les oppressions, tout comme nous disons que l’antifascisme doit forcément porter une proposition de transformation de la société capitaliste.

C’est pour cela que nous défendons la perspective d’une vie collective, métissée et foisonnante pour toutes et tous !

Share Button

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *