Sur Pierre Rabhi (4) : le retour à la terre, dernier recours pour les possédants

Pierre Rabhi est l’invité des 11èmes Rencontres Alpines à Sallanches, au cœur de la vallée de l’Arve. Tout le monde sait que cette vallée subit depuis maintenant des années une pollution de l’air chronique, révélant la nature mortifère du mode de production capitaliste.

Pierre Rabhi, conférencier pour un évènement sponsorisé par l’ATMB (petit logo en bas)

La conférence de Pierre Rabhi est pourtant sponsorisé par l’une des sources de pollution de cette vallée : l’ATMB, société d’ exploitation de l’autoroute « blanche », propriété de l’État, et cible de la colère populaire.

Espérant pouvoir toucher tout le monde par son concept spirituel de « sobriété heureuse », il se sert de chaque opportunité pour délivrer son message. On ne s’étonnera pas de le trouver dans l’amphithéâtre d’une école de Management prêcher une société plus équitable ou au club Rotary, grand lieu de la bourgeoisie.

Si des grands intérêts économiques et des institutions liés à l’écocide capitaliste promeuvent le message de Pierre Rabhi, c’est bien évidemment parce qu’ils n’ont absolument rien à craindre de sa pensée en accord avec les besoins politiques de la classe dominante.

Car la « Sobriété Heureuse » c’est avant tout une pratique spirituelle, une « pensée ».

Modération comme principe de vie et modération comme expérience intérieure constituent l’envers et le revers d’une seul et même quête de sens et de cohérence » Vers la sobriété heureuse, p103

C’est un mode de pensée qui fait écho à la tradition religieuse de l’ascèse, du sacrifice purificateur, du renoncement au monde matériel. Pour lui on peut s’extraire du « monde moderne » par un coup de décret mental.

On peut s’extraire mentalement du réel, il est toujours plus têtu et nos vies le ressentent toujours. Mais pour comprendre cela, il faut, encore une fois, avoir une approche rationnelle des choses car « tout ce qui est réel est rationnel » (Hegel).

Pierre Rabhi qui affirme qu’on ne peut pas « détruire la vie et prétendre vivre » n’indique pourtant pas des pratiques concrètes en accord avec cette éthique. Il est le défenseur d’une vague modération alors que la situation de misère des oppriméEs demande surtout d’être ferme sur les valeurs, de trancher les choses.

Une conférence de Pierre Rabhi sponsorisée par la banque CIC…

Il en de même pour sortir de la trajectoire que prend l’Humanité sur la planète.

La « vague modération » pour sauver la planète ?

Le retour à des petits fermiers pour sauver la planète ?

C’est irresponsable à moins de penser que l’on « est trop sur la planète » et de sombrer dans une logique darwiniste guerrière…

Bien sûr, nous sommes pour développer une identité culturelle en rapport avec la lutte progressiste. Pour nous, le fascisme c’est surtout une « culture » de mort qui se base sur la violence quotidienne du capitalisme.

Ainsi, certaines personnes antifascistes adoptent un mode de vie végane comme refus du rapport violent des êtres humains envers les animaux. Il y a là au moins une proposition concrète pour un nouveau rapport à la vie dans la nature.

Que dit Pierre Rabhi sur cette pratique concrète ?

J’ai pu entrer dans des restaurants où la radicalité alimentaire était de mise et j’ai vu des gens tristes. Je ne porte pas de jugement, mais j’ai parfois envie de dire : « Bouffez un bifteck et soyez heureux ! » La joie de dîner entre amis ou en famille est essentielle. Beaucoup de gens pensent que je suis végétarien, mais ça n’est pas le cas. »

Sans même parler de la condition animale, les 15 000 scientifiques qui invite à « privilégier une alimentation végétale » pour freiner l’écocide apprécieront la désinvolture irresponsable de Monsieur Rabhi… On sait pourtant que plus de 18 % des gaz à effet de serre sont le produit de l’élevage intensif.

Pierre Rabhi, régulièrement mis en avant par la presse et les institutions comme figure de proue de l’écologie est devenu le dernier rempart d’un mode de production capitaliste à l’agonie.

On peut penser au patron de la papeterie du film Demain, visage d’un capitalisme à taille humaine et « écolonomique » mais aussi à tout le secteur « bio ». En mettant en avant une figure aussi réactionnaire, les possédants s’assurent tout un secteur économique pour sauvegarder leur pouvoir en vue d’une offensive populaire réelle.

Pierre Rabhi alimente également indirectement différentes idéologies d’extrême droite qui tentent d’imposer elles aussi leurs solutions à l’écocide. Alain Soral se veut par-exemple être un défenseur d’une « économie enracinée » et les diverses tendances néo-païennes idéalisent aussi un retour aux pratiques ancestrales…

Nicolas Fabre, militant d’Egalité & Réconciliation, spécialiste du « retour à la terre« 

Au lieu d’être une voie d’émancipation écologique, la pensée de Pierre Rabhi propose une sortie « mentale » du capitalisme. La classe dominante a saisi l’opportunité qu’il y a à l’utiliser pour se protéger.

Dans la crise générale du capitalisme et à l’heure de l’écocide le renoncement au combat collectif en vue du progrès social est un suicide. A l’heure d’une orientation décisive pour l’Humanité, la fuite vers le passé et le refus de la Raison ne sert qu’une bourgeoisie mortifère.

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Une réflexion au sujet de « Sur Pierre Rabhi (4) : le retour à la terre, dernier recours pour les possédants »

  1. On trouve une excellente analyse de l’idéologie du « colibrisme », dont la figure de proue est bien sûr Pierre Rabhi, dans « le sacrifice des paysans » de Pierre Bitoun et Yves Dupont, paru à l’échappée en 2016.
    Je me permet de recopier la 4ème de couverture et 2 critiques ci dessous.

    Pourquoi les sociétés modernes ont-elles décidé de sacrifier les paysans ? Qui est responsable de ce processus qui semble irréversible ? Pour tenter de répondre à ces questions fondamentales, ce livre montre comment, depuis des décennies, en France comme ailleurs, le productivisme s’est étendu à l’ensemble des activités humaines. Avec pour conséquences : déracinement et marchandisation, exploitation du travail et des ressources naturelles, artificialisation et numérisation de la vie. L’époque est aujourd’hui aux fermes-usines et aux usines que l’on ferme ou délocalise, tandis que dominent, partout, finance et technoscience.
    Le sacrifice des paysans est l’un des éléments du processus global de transformation sociale dont il faut, au préalable, comprendre les causes. Ainsi, les auteurs analysent le mouvement historique au sein duquel s’est déployé le projet productiviste au cours des 70 dernières années, des « Trente Glorieuses aux Quarante Honteuses ». Puis ils expliquent comment le long travail d’« ensauvagement des paysans » a mené à la destruction des sociétés paysannes et des cultures rurales.
    De ce véritable ethnocide, qui a empêché l’alternative au capitalisme dont une partie des paysans était porteuse, nous n’avons pas fini, tous, de payer le prix.

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    PRESSE

    « Pierre Bitoun et Yves Dupont sont d’authentiques militants de l’agriculture paysanne. […] Parce qu’ils fuient délibérément la spécialisation, parce qu’ils s’intéressent sérieusement à la question démocratique et à l’État, ils nous livrent des réflexions précieuses sur le FN et la ruralité. Dans la perspective de l’écosocialisme, nous avons là une contribution à ne pas négliger. » L’Anticapitaliste

    « Le livre Le Sacrifice des paysans raconte l’histoire de l’industrialisation de l’agriculture, sa catastrophe sur le monde rural. » La Voix du Nord

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