Sur Pierre Rabhi (3) : Le retour à la terre est patriarcal.

La proposition écologique de Pierre Rabhi est basée sur la valorisation des relations sociales avant la modernité capitaliste. Ces relations étaient essentiellement basées sur des rapports d’hommes à hommes, mettant de côté les femmes et les personnes homosexuelles.

La participation de Pierre Rabhi à une conférence avec Henri Joyeux, médecin conservateur proche des milieux catholiques opposés au mariage pour les couples homosexuels, montrait déjà l’aspect régressif de son projet…

Pierre Rabhi n’hésite ainsi pas un instant à avancer des thèses misogynes et scientifiquement infondées qui soustraient le genre féminin de l’histoire de la société humaine, notamment dans le domaine des sciences :

« le mythe de l’homme démiurge soit un concept masculin – que la civilisation technologique exalte particulierement- est confirmé par l’absence d’implication du féminin dans cette civilisation – là. Jusqu’à preuve du contraire – exception faîte de Marie Curie -, aucun des domaines d’innovation sur lesquels se fonde le paradigme de la modernité technico scientifique n’a été historiquement marqué par l’apport du féminin ». Vers la Sobriété Heureuse p. 116

Emilie du Châtelet, grande mathématicienne reconnu pour sa traduction de l’oeuvre de Newton.

Donc selon lui, les innombrables femmes qui ont fait progresser la science (Lynn Margulis, Margarte Hamilton, Kathrine Johnson pour ne citer qu’elles !) n’existent pas. En effet, pour le voir, il faudrait étudier la question, et pour étudier il faut admettre la science et la rationnalité.

Pierre Rabhi embrasse donc le modèle de l’homme dominant la femme formant ainsi une dualité reproductrice et optimum pour la survie. Sa conception des rapports entre l’homme et la femme n’échappe pas à des considérations patriarcales.

Lynn Margulis, scientifique fondatrice du concept de « symbiogenèse ».

Mais comment cela pourrait-il en être autrement puisque Pierre Rabhi fonde tout son projet de société sur la communauté agricole ?

En effet c’est justement avec l’agriculture que nait le patriarcat comme relation de domination et d’appropriation des femmes par les hommes.

D’où vient le patriarcat ?

Environ 8 000 ans avant Jésus Christ, la domestication des animaux pour l’élevage et le début de l’agriculture amène une sédentarisation progressive et avec elle, les premières notions de propriété privée et… le patriarcat. Le besoin de main d’œuvre pour remplir les activités de plus en plus diverses de la communauté primitive a modifié les relations entre les hommes et les femmes. Les grossesses se faisaient plus fréquentes, excluant ainsi les femmes des autres tâches. Peu à peu elles devinrent, au même titre que les animaux et les terres, la propriété des hommes, astreintes au domaine domestique.

On peut ainsi voir que le modèle de la petite agriculture, à l’ancienne, que propose Rabhi est teinté par cette emprise primitive du patriarcat alors que le progrès social tend à le dépasser.

Il faut bien être lucide sur le fait qu’avec le refus de la science et des techniques médicales modernes, Rabhi renvoie les femmes à une certaine fragilité et dépendance vis-à-vis des hommes, du fait des périodes de maternité, qui concerne la plus grande partie d’entre elles.

Cette différentiation est quelque chose qu’il assume complètement et revendique. Pour lui, il y a un ordre des choses qui correspondrait à une genèse des rapports homme/femme que la modernité aurait ensuite pervertie.

Les hommes au centre des relations agricoles féodales

Cet ordre, c’est l’homme dans les activités physiques de l’extérieur avec des attributs violents, conquérants.

Les hommes sont vus comme dépourvus d’émotions telle que la peur ou de sensibilité et douceur. Ces traits sont vu essentiellement comme féminins, en rapport avec la maternité et l’éducation des enfants.

Ce modèle de société où l’espèce humaine est séparée en deux catégories de rôles tend à progresser vers plus d’égalité maintenant qu’il est prouvé que les femmes ont les même capacités à participer à l’élaboration de la société et à la production. Ce qu’elles font d’ailleurs depuis longtemps, mais se faisant éclipser par des hommes.

Derrière toute vision patriarcale qui veut réduire l’homme et la femme à des rôles spécifiques, il y a toujours un dénigrement de l’homosexualité vue comme un soit disant danger pour la reproduction.

Sur l’adoption pour les couples homosexuels Pierre Rabhi dit au cours d’un entretien avec la radio catholique RCF :

« Simplement à partir d’un certain moment il y a la question de l’enfant. L’enfant intervient en quelque sorte. C’est à dire qu’il risque d’être mis devant un fait accompli d’avoir deux papas et deux mamans et de n’être pas dans ce qu’on appelle la norme. […] Alors peut-être qu’il y a des individus qui vont très bien le vivre et puis peut-être qu’il y a des individus qui vont en être mortifiés, de savoir déjà, dès la cour de récréation : « j’ai deux papas, j’ai deux mamans », alors que les autres ont un papa et une maman ». 

Une position digne de La Manif Pour Tous ! Pour Pierre Rabhi ce n’est surtout pas à la société d’inclure plus correctement les couples homosexuels et leurs enfants adoptifs contre les secteurs patriarcaux de la société.

Seulement, Pierre Rabhi avance toujours avec beaucoup de précautions oratoires, en mettant toujours en avant son « humanisme », le « respect aux personnes ». Mais pour lui il est clair que l’homosexualité est condamnable :

Loin de toute hypocrisie ou complaisance, et avec tout le respect dû aux personnes, je considère comme dangereuses pour l’avenir de l’humanité, la validation de la famille « homosexuelle », alors que par définition cette relation est inféconde » Le Semeur d’espoir, 2013

Une relation homosexuelle chez les bonobos.

C’est là que sa vision réactionnaire refait surface : la société humaine serait figée dans une nature figée et la nature qui a justement dévoilé l’homosexualité comme orientation naturelle normale est niée. Car, au delà de la reproduction, l’être humain, quelle que soit son orientation sexuelle, est doué de sentiments dont celui amoureux. Les progressistes reconnaissent la dignité de l’amour et le besoin des couples à l’éducation.

On croirait que Pierre Rabhi ne fait que des potagers et tente d’inspirer les gens sur un « mode de vie ». Mais ce qu’il fait est de la politique, il propose un projet de société à l’ancienne, balayant les progrès pour les femmes et les minorités sexuelles dans la vie quotidienne.

C’est bien parce que l’écologie doit être prise à bras le corps par les progressistes que ces visions conservatrices et régressives interviennent. Pierre Rabhi a ainsi un rôle de sabotage des idées progressistes dans le champ de l’écologie et cela est insuportable.

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