#BalanceTonPorc : pour une autonomie féministe contre les violences sexistes dans les milieux progressistes

Les violences patriarcales sont monnaies courantes dans la société : chaque femme le sait mais il faut des phénomènes de « libération de la parole » pour que cela parvienne jusqu’au « débat public ». Ce fut le cas de ces derniers jours où une foule de témoignages à travers #BalanceTonPorc et #MoiAussi ont mondialement inondés les réseaux sociaux. Aucune sphère de la société ne fait exception : les agresseurs sont partout et les femmes doivent commencer à les traiter comme il se doit. Il est fini le temps des témoignages, vient celui de l’action.

Suite à cette vague de dénonciation sur les réseaux sociaux, nous sommes en recherche d’une pratique féministe dans la réalité. Nous saluons la reprise du #BalanceTonPorc par une page de la freeparty qui prévoit d’agir dans ce milieu spécifique. Cet exemple est intéressant car la culture de la « free » est un milieu dont l’autonomie vis-à-vis des institutions est une valeur centrale. C’est également un espace festif qui souhaite diffuser des valeurs d’égalité et de tolérance, attirant ainsi de nombreuses personnes opprimées par le sexisme et le mépris de classe dans les boites de nuit du capitalisme. 

Cet exemple de la Free Party est important car il montre que dans les milieux populaires ce n’est qu’en interne par la création de groupes de répression féminine que le respect peut être imposé, et non pas dans la remise permanente à l’Etat. De nouvelles lois seront sûrement une avancée pour les femmes des classes moyennes qui ont les moyens et les réseaux pour porter plainte et avoir une défense dans un tribunal. Pour les femmes des classes populaires, seule l’autonomie et la solidarité entre femmes peut tenir tête aux hommes sexistes et machistes.

Pourquoi refuser de s’en remettre uniquement à l’État ? En tirant des conclusions à partir des faits : en majorité, les femmes victimes d’agressions et d’harcèlement qui se tournent vers la police et la justice trouvent leurs plaintes classées « sans suites ». Il est admis que le corps judiciaire n’échappe pas au patriarcat et qu’il double plus souvent la violence misogyne plutôt que de la réprimer.

Nous sommes ainsi en droit de ne pas faire confiance à l’Etat pour nous protéger. Nous savons par expérience que lorsque la solidarité féminine est solide elle est bien plus efficace !

Il est de notre ressort de faire respecter l’intégrité des femmes dans nos milieux. Nous concernant, voici comment nous concevons la lutte pour l’émancipation des femmes au sein de la lutte antifasciste.

Nous considérons que le féminisme est un axe central dans l’antifascisme, car le fascisme se développe entre autres, sur des bases patriarcales. Celles-ci sont la violence, la culture de mort, la domination, la glorification de la virilité, de la guerre et de la puissance corporelle.

Tout d’abord nous sommes lucides sur le fait que toute femme antifasciste ne fréquente pas forcément un « milieu militant » pour la simple et bonne raison qu’il est dominé par des hommes imprégnés de la culture patriarcale.

La culture « ultra », la promotion de la virilité à travers l’image de l’ « antifa  tapeur » sont plus souvent contre-productifs et peuvent nous décourager de nous organiser spécifiquement dans la lutte contre le fascisme. Nous en conviendrons, il y a là beaucoup de points communs avec les fascistes qu’ils prétendent combattre.

Sachant la régularité à laquelle nous sommes agressées par des personnes pétries par ces valeurs masculines, nous ne pouvons pas nous sentir, au mieux à l’aise, au pire en sécurité dans ce type d’ambiance.

Il ne s’agit pas de dire que la violence est essentiellement masculine car nous savons assumer la violence politique. Mais rentrer dans le jeu des fascistes, qui consiste à se mesurer le diamètre du biceps et à faire une « pesée de couilles » en public, c’est pour nous le contraire de « faire de la politique ». De plus, ces attitudes antifascistes nous embourbent dans une absence de stratégie qui n’est pas à la hauteur du combat contre le fascisme. 

Nous utilisons la violence uniquement dans le but d’arriver à nos fins. Pas pour se valoriser, pas pour séduire, pas pour l’adrénaline. La violence politique est un nécessité froide, réfléchie et collective. Malheureusement, avant de l’utiliser contre les fascistes nous sommes obligées de l’utiliser contre les hommes qui veulent nous prendre notre dignité et nous en rendre coupable.

Suite au nombre de dénonciations de violeurs qui ont eu court dans différents groupes de gauche et les traitements honteux dont ils ont fait l’objet, nous pouvons affirmer que, comme dans le reste de la société, les femmes ne sont toujours pas en sécurité dans ce milieu masculin.

Les victimes sont isolées, leur parole est systématiquement mise en doute, elles sont contraintes au silence. Nous ne pouvons pas compter sur l’acceptation des valeurs « anti-sexistes » de nos homologues masculins puisqu’ils obéissent à la loi de la solidarité machiste et vont jusqu’à réprimer (inconsciemment ou non) les victimes et leurs soutiens. Les violences patriarcales sont une question politique mais elles sont toujours traitées sous l’angle psychologique et affinitaire. Aussi, nous regrettons la faiblesse de la solidarité féministe qui est la première raison de l’isolement et de l’absence de riposte.

Au-delà des questions d’agressions, la parole politique est largement dominée par les hommes dans les scènes politiques et culturelles dites « progressistes ». Vu que bien souvent les femmes se gardent à distance de ces scènes, c’est un cercle vicieux et il en sera ainsi tant que nous n’aurons pas mis en place des mesures répressives féministes et autonomes en leurs seins.

Nous ne pouvons pas compter sur la prochaine « déconstruction » de nos oppresseurs, la part de pouvoir qui nous revient se gagne dans la confrontation. Nous invitions donc les femmes voulant lutter contre le facisme à créer leurs groupes autonomes ou a en rejoindre à plusieurs, en se serrant les coudes.

POUR LA FIN DE LA TERREUR MASCULINE ET FAIRE AVANCER L’ANTIFASCISME :

FEU SUR LE PATRIARCAT !

 

Nous adressons tout notre soutien :

Aux camarades féministes de Parme (Italie) et plus particulièrement à Claudia, victime de la violence patriarcale.

Aux camarades féministes de Lorraine qui se battent contre l’appareil machiste de la CNT.

À toutes nos camarades, nombreuses, qui luttent pour obtenir justice et réparation et doivent subir la présence des agresseurs dans leurs cercles politiques et affinitaires.

Share Button

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *