[Traduction USA] Pourquoi les écologistes doivent-ils être antifascistes ?

| Article issu de « Earth first journal », média écologiste radical des Etats-Unis, daté du 21 avril 2017. Ce texte a été publié sur le média anarchiste et antifasciste « It’s Going Down ». Il permet de cerner le rôle d’avant-garde que tiennent les luttes écologistes aux Etats-Unis (et dans le monde) et la nécessité d’y créer des digues antifascistes pour maintenir l’horizon révolutionnaire |

« À l’ère Trump, avec la progression du nationalisme et des actes de terreur raciste, il n’y a pas à tergiverser quant à la résistance à mettre en place contre les suprématistes blancs et l’extrême-droite en général. Et le mouvement environnemental ne fait pas exception.

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Earth First !, mouvement d’écologie radicale.

Malheureusement, la mouvance écologiste a beaucoup flirté avec le racisme et parfois avec les idées résolument fascistes (des projets d’expulsion des personnes issues de l’immigration et migrantEs, au contrôle totalitaire de la population).

Il est temps pour le mouvement écologiste de se manifester en tant que mouvement antifasciste sans équivoque. Nous devons montrer que nous sommes prêtEs à défendre la dignité humaine et l’égalité avec autant d’engagement que nous défendons la Terre.

Beaucoup d’entre nous, au sein du mouvement écologique, ont pris l’émancipation collective au sérieux et ont donc entreprit de chasser le Klan de nos communautés pour garantir la sécurité des personnes de couleur dans la lutte. Mais le mouvement dans son ensemble a fait trop peu pour contester les tendances racistes tant dans les milieux écologistes que dans la société en général. Il est temps que nous prenions la menace posée par le racisme et l’extrême droite et que nous positionnions fermement l’organisation antifasciste au même niveau que nos efforts pour défendre la Terre Mère.

CHAOS CLIMATIQUE, DESTABILISATION ET FASCISME

L’écocide, notamment sous la forme du changement climatique mondial, entraîne des perturbations massives des écosystèmes. Ces perturbations créent de la pénurie dans les besoins vitaux, comme la nourriture et l’eau. Ces pénuries entraînent la famine, la guerre et la migration, qui elles même alimentent les politiques de peur des psychopathes comme Trump. Beaucoup de journalistes ont déjà souligné que le changement climatique était un facteur majeur dans la création des conditions de la guerre en Syrie. La guerre syrienne, ainsi que la déstabilisation générale à travers le Moyen-Orient, a conduit à ce que beaucoup désignent comme la plus grande migration humaine depuis la Seconde Guerre mondiale.

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Les facteurs écologiques des déplacements de population. (Cliquez sur l’image pour agrandir)

C’est cette énorme migration humaine, dont une grande partie se trouve être musulmane, qui a dopé le nationalisme raciste de tous : des groupes terroristes néo-nazis en Allemagne au président actuel des États-Unis. Ce renouveau des formations fascistes a mené une offensive politique anti-immigration dans toute l’Europe et aux États-Unis ainsi qu’une augmentation choquante des attaques terroristes de droite contre les personnes de couleur. C’est une tendance similaire qu’on observe en Amérique latine avec avec le cas de l’afflux de migrants latinos vers les États-Unis, dont une partie est alimentée par l’écocide.

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Les îles au sud de Louisiane sont directement menacées de disparition à cause de l’élévation du niveau des océans.

Il est donc impossible de séparer la crise écologique de la crise humanitaire. Nous ne pouvons pas ignorer que ces crises humanitaires sont utilisées par la droite pour recruter sur leur base nationaliste blanche. De la même manière que les effets de l’écocide se font de plus en plus présents, les crises humaines s’intensifieront. Il est important pour ceux d’entre nous qui luttent contre l’écocide de s’assurer que le résultat soit celui de l’émancipation, pas le fascisme.

DE MALHEUR A PIKEVILLE : EXTRACTION DE RESSOURCES ET EXTREME-DROITE

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Les forêts des Appalanches dans le Kentucky

L’industrie de l’extraction des ressources n’est pas seulement brutale pour la Terre, mais elle implique aussi un lourd bilan pour les communautés qui dépendent de ces industries pour vivre. Pendant un certain temps, les emplois sont bons et l’argent rentre, mais finalement les puits se tarissent, les montagnes sont détruites et les arbres sont rasés.

Quand cela se produit, les entreprises plient bagages et repartent avec tous les bénéfices, laissant ainsi les communautés minières et les villes forestières dans la misère avec rien d’autre qu’une eau empoisonnée et une nature en ruine.

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Pikeville, une ville minière de 6 900 habitants au coeur de la vallée des Appalanches

La droite a longtemps fait un excellent travail en exploitant la misère créée par ces industries d’extraction prédatrices en favorisant un ressentiment envers les mesures écologiques ainsi qu’envers les personnes de couleur, afin de détourner des vrais coupables, le capitalisme et la recherche de profit. Malheureusement, la gauche, a abandonné avec mépris une grande partie de l’Amérique rurale, en faisant l’erreur de la classer comme étant intrinsèquement raciste et réactionnaire, ce qui permet à l’extrême-droite de n’y rencontrer aucune opposition et d’y prospérer.

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Une conférence néonazie à Pikeville avec somme slogan  » Prends position pour les familles de travailleurs blancs « 

On a constaté ce comportement au Nevada et en Oregon par exemple, où des milices armées de « patriotes », dirigée par la famille Bundy, ont pris la tête d’une rébellion romantique contre l’État fédéral et les pressions qui pèsent sur les propriétaires fonciers à céder « leurs » terres ancestrales (qui sont en fait des terres fédérales qui leur servent à faire paître leur « bétail » depuis des générations).

Comme des mouches attirées par la merde, ces protestations ont amené un large éventail de groupuscules fascistes, y compris les Oath Keepers, les « 3 % » et d’autres milices qui se nourrissent du ressentiment rural alimenté par le boom économique puis la faillite en cours de l’extraction des ressources naturelles.

Bien que ces récentes protestations n’aient pas été explicitement liés à la race [1], il y en a d’autres à l’extrême droite qui ciblent les zones rurales pauvres dépendant de l’extraction des ressources avec le nationalisme blanc à l’ordre du jour. Ainsi, un groupe néo-nazi « Traditionalistic workers party » (Parti des travailleurs traditionalistes – TWP), dirigé par Matthew Heimbach de Paoli, a annoncé un projet de conférence de deux jours à Pikeville à la fin avril dans le but d’unir un assortiment de groupes de suprématistes blancs sous la bannière du « Nationalist Front ».

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Manifestation antifasciste contre la conférence des « suprémacistes blancs » en avril 2017 à Pikeville

Il se trouve que Pikeville est une communauté majoritairement blanche où beaucoup luttent pour survivre face à la précarité que l’industrie de charbon leur a laissée. Maintenant, le TWP cherche à exploiter le désespoir de cette ville charbonnière et à transformer le ressentiment économique en haine raciale. En plus d’une journée d’ateliers, le TWP prévoit d’organiser un rassemblement au centre-ville de Pikeville pour les « familles de travailleurs blanc » dans le but de répandre leur haine. On peut s’attendre à voir plus de tentatives d’organisation des suprématistes blancs dans des communautés comme Pikeville où les républicains et les démocrates sont incapables de fournir des solutions concrètes aux communautés ouvrières.

En tant qu’écologistes militant majoritairement dans des zones rurales fortement touchées par l’extraction, il est impératif d’intégrer une organisation antifasciste dans notre travail. Nous devons contrer les fausses solutions proposées par l’extrême-droite pour organiser les communautés blessées par l’industrie de l’extraction à la lutte contre le racisme. Nous devons affronter activement les groupes racistes lorsqu’ils viennent sur notre territoire et nous engager dans une organisation antifasciste de long terme parallèlement à nos efforts pour défendre la terre.

LE NOUVEL ECOFASCISME

Bien qu’en général la droite ait plutôt tendance à résister à tous les efforts pour protéger l’environnement, il existe un nouveau courant dans le monde politique de droite qui donne à l’écofascisme une toute nouvelle signification.
On a tendance à oublier que le parti nazi allemand montrait et entretenait une certaine éthique environnementale, qui lui permettait d’alimenter le sentiment patriotique.

Nous vous éLisaSimpsonpargnerons les détails subtils de l’idéologie nazie mais pour atteindre leurs objectifs, l’extrême-droite arrive, à travers des raisonnements mystiques, à adapter l’univers du paganisme et du culte de la terre à la défense de la nature. On se battrait ainsi contre l’écocide en se « reconnectant » à la nature donc aux racines européennes. Voici l’interprétation fasciste de l’écologie qui, refusant la science et les réalités matérielles, tend à se faire une place dans la population en perte de repères.

Certains groupes de suprémacistes blancs prennent par exemple le concept environnementaliste radical du biorégionalisme et l’interprète de manière à défendre la création d’enclaves blanches. [la tentative de défense chauvine de sa région promue par « Génération Identitaire » peut être une déclinaison en France de cette option écofasciste – ndr]

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Le NorthWest Front au slogan raciste « votre race est votre nation ».

Cette veine de la pensée fasciste est la plus importante dans le nord-ouest du Pacifique, ou Cascadia, où des groupes comme « The Northwest Front » et la Résistance Nationaliste Cascadienne cherchent à s’approprier le concept biorégionaliste pour leurs idéaux fascistes. Des biorégionalistes de gauche alertent pourtant d’ailleurs depuis longtemps contre le danger qu’ils représentent. On peut voir également dans la propagande raciste du Parti traditionnel des travailleurs, un dépliant promouvant l’énergie renouvelable.

Le contexte est de plus en plus compliqué pour l’écologie. D’une part, l’apparition des milices armées d’extrême-droite anti-environnement alliées, d’autre part, avec certaines tendances néo-nazies qui tentent de se mettre à la remorque de la lutte contre l’écocide. Face à cela nous n’avons d’autre choix que d’être explicitement des écologistes antifascistes.

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Pas de compromis dans la défense de la terre mère !

Sachant que l’extrême droite utilise les dégâts collatéraux humains des crises écologiques pour ramener à leur base raciste, il ne doit pas y avoir d’ambiguïté en ce qui concerne notre message de libération collective. Nous ne pouvons pas permettre aux racistes de saboter nos efforts pour défendre la Terre. Nous ne pouvons pas non plus permettre à l’extrême droite de continuer à ne pas être contestée dans les zones rurales. C’est un appel aux écologistes à se positionner comme fermement antifasciste. »]

[1] : Bien qu’il est difficile d’ignorer le racisme quand un groupe de d’hommes blancs armés parlent du « droit que Dieu leur a donné » pour piller les populations indigènes sur le continuent, sans même parler de la réthorique nationaliste blanche que beaucoup de ces groupes adoptent.

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