Sur la pollution de l’air dans la vallée de l’Arve

Depuis le 30 novembre 2016, la vallée de l’Arve est en alerte pollution, avec le dépassement inquiétant des seuils de « tolérance » de particules fines dans l’air. Les populations locales se mobilisent, en ciblant le SITOM (incinrateur), la SGL carbon, le T.I.R (Transport International Routier) et le chauffage au bois comme principales causes de cette sur-pollution.

Ces reproches sont justes mais la critque doit aller plus loin. Si nous prenons positions sur le sujet c’est parce que nous le considérons comme l’illustration dramatique de la crise du capitalisme détruisant tout équilibre naturel sur la planète (écocide). Notre article est une proposition que nous espérons constructive afin d’avoir des actions à la hauteur de l’enjeu.

LA PROPRIETE PRIVEE, FACE CACHEE DE LA POLLUTION

 

Au cours du XXe siècle, le fort développement industriel de la vallée a mené une multiplication des axes et des flux. En 1965, le tunnel du mont-blanc, en 1975, le raccordement autoroutier entre Cluses et Passy, puis en 1981, le viaduc des Egratz.

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Le feu de cheminée, l’exemple typique de la culture bourgeoise locale. Vu sur « www.luxe-et-passions.com« 

Le pic de pollution qui sévit actuellement dans la vallée de l’Arve est due à la forte présence d’une particule fine appelée PM 10. Or, dans la vallée de l’Arve, la première source de PM 10 est le chauffage au bois ! Dans la culture montagnarde, le chauffage au bois est une tradition. Cette forme traditionnelle perdure aujourd’hui du fait de son importante pour la clientèle huppée des stations d’altitude. Cet imaginaire est devenu une exigence en matière de décoration intérieure (plus que de réel besoin) recréé artificiellement pour les intérêts du tourisme.

Y a t-il pour autant des aides massives pour la reconversion ecologique des chauffages ? Non car tout cela doit se maintenir pour faire « authentique » aux yeux de la haute bourgeoisie. Les populations locales n’ont surement pas besoin de chalets mais de logements collectifs à taille humaine et écologiquement propre !

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La pollution de la vallée de l’Arve vue d’une station de ski

Le tourisme, pôle économique local d’ampleur, est moins souvent pointé du doigt car il demande une forte remise en question de ses propres « privilèges ». Cependant, la forte fréquentation saisonnière entraîne des pics de CO 2 évident et le maintien « à la normale » du fonctionnement de l’incérateur. Cette partie de la pollution, comme le déplacement en voiture privée est ignorée ou tolérée pour préserver l’image de marque des stations, sans remise en cause de la fuite en avant individualiste qu’elle génère.

Aussi, le prix du foncier en station repousse toujours plus bas les personnes modestes qui se trouvent coincées entre la maison pavillonaire et la voiture individuelle. Comment pourraint-il en être autement ? Pour cela, il faudrait avoir des institutions politiques au service des populations locales, c’est-à-dire engagées dans un véritable projet de reconversion écologique et populaire (avec par-exemple la création d’un véritable réseau de transport en commun).

Pour nous, la pollution de l’air peut être vue comme une lutte entre des intérêts opposés. Les populations locales aspirent à vivre dans un environnement harmonieux avec la Nature alors que les bourgeoisEs locaux tirent profit d’activités économiques et d’une clientèle directement liées aux causes de la pollution. Il y a une lutte de classe évidente : le nier c’est pour nous ne pas prendre à la racine le problème.

LA POLLUTION DE L’AIR, UNE ILLUSTRATION DE L’ECOCIDE

 

La pollution de l’air s’inscrit dans l’écocide mondial produit par le capitalisme dont il faut voir tous les aspects. Ce dont nous prenons conscience, c’est ce que vivent déjà des milliers d’êtres vivants et des écosystèmes en général : leur disparition à moyen terme. De la destruction des orangs-outans par la production d’huile de palme à la disparation de la forêt amazonienne en passant par les décès humains prématurés par la pollution de l’air, c’est l’écocide qui s’exprime !

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La vallée de l’Arve sous la pollution…

Dans un système basé sur la quête du profit à court terme, le fait de détruire l’équilibre naturel et le respect de la vie est une question reléguée au second plan. Que ce soit dans le domaine de l’industrie ou du tourisme, la recherche de profit mène toujours plus loin dans des comportements dénués de toute éco-logique.

En 2006, une série d’études sur l’impact des sports d’hiver sur l’habitat alpin à été publiée par la revue Journal Of Applied Ecology. Ces études montrent que l’aménagement des montagnes et la forte fréquentation des zones d’altitude créent un déséquilibre important dans le développement du vivant. Les modifications irréversibles pour rendre les pistes skiables, l’épuisement des réserves d’eau pour l’enneigement artificiel, l’augmentation des émanations de C02 et de décibels entraînent un cercle vicieux aux conséquences dramatiques : extinctions d’espèces, aggravation des sécheresses, inondations, intensification de la pollution atmosphérique…

Pour l’heure, au lieu de s’interroger sur le rôle des activités en montagne dans la dégradation des eco-systèmes, le capitalisme local cherche des moyens de s’adapter et de prendre des nouvelles parts de marché ! Les dirigeantEs locaux s’entêtent à drainer de la neige par camion ou à accepter la destruction de zones humides, pourtant essentielles pour les équilibres naturels

QUELLE RELATION A LA NATURE ?

 

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cliquez sur l’image !

Notre rapport à la Nature est hérité des grandes religions monothéistes avec l’idée d’un dieu créateur plaçant l’homme au-dessus de tout. C’est ce qu’on appelle l’ « anthropocentrisme ». Cette « culture » est encore plus forte en France avec la fameuse phrase de René Descartes pour qui les personnes humaines se devaient d’être « maîtres et possesseurs de la Nature ».

Cette culture de violence envers la Nature est visible en permanence, en particulier à cette époque avec la tradition des sapins de Noël, la consommation de foie gras ou en général avec les comportements individualistes comme celui de laisser ses déchets au gré du vent.

Peut-on contester l’industrie polluante et en même temps ne pas critiquer des événements comme l’Ultra-trail du Mont-Blanc qui amène les vallées à être saturées et entraînent une surproduction de déchets ? De même pour le Tour de France et sa caravane généreuse en détritus publicitaires incinérés 100 % localement…

ET DANS TOUT CELA, QUE DIT LE FRONT NATIONAL ?

 

Remarquons que depuis le pic de pollution, le F.N ne dit rien, dans un mépris total de la vie quotidienne des masses locales. Au-delà de son silence révélateur, le F.N local, lorsqu’il n’est pas clairement climato-sceptique, a comme seule proposition le creusement d’un second tunnel pour le ferroutage (projet dont il n’a évidemment pas  l’exclusivité). Le F.N justifie cette proposition en affirmant que cela permettrait des retombées économiquesn tout en ne détaillant pas dans quelles conditions ce projet se réaliserait…
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Au F.N, c’est donc le serpent qui se mord  la queue : peut-on avoir une politique écologique digne tout en disant que cela aurait des « retombées économiques » qui entretiennent elles-mêmes la pollution locale ? Comme l’a bien compris le mouvement No-TAV, le perçage d’un tunnel est un projet très nocif pour l’environnement et qui demande une planificiation démocratique.

Mais cela n’est guère étonnant lorsqu’on voit que la majorité des cadres dirigeants du FN local sont des personnes dirigeantes d’entreprise et des possédantEs qui n’ont nullement envie de modifier les modes de vie et de production desquels  elles et ils tirent leurs richesses. Cette démagogie est innacceptable !

POUR UNE TRANSITION ECOLOGIQUE RADICALE

 

Nous pensons que nous avons besoin d’une planification de nos besoins par le contrôle démocratique des productions et des consommations. Qui décide du T.I.R dans la vallée ? Qui décide des programmes de logements ? Qui décide du traitement des déchêts par incinérateur ou par compostage collectif ? Qui décide de la création d’un transport en commun véritable ? Pas les masses locales, mais les notables et les dominalassautducielantEs touTEs orientéEs vers la quête du profit pour les capitalistes locaux.

Entre les affaires du tourisme et de l’industrie nous savons qu’il n’y a que très peu à attendre des institutions. La pollution de l’air appelle une lutte autonome et démocratique contre le capitalisme local et la culture d’appropriation violente de la Nature avec le souci de la planification démocratique.

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4 réflexions au sujet de « Sur la pollution de l’air dans la vallée de l’Arve »

  1. Parmi les détails les plus significatifs du cynisme qui entoure la gestion de cette pollution, le fait qu’ATMB ait baissé le prix du passage au tunnel pour les camions, afin d’essayer d’enrayer la baisse de trafic…
    Chacun ses priorités…

    • j’avais lu ça dans le dauphiné si je me souviens bien. Ca doit être facilement vérifiable en demandant à des gens de l’ARSMB par exemple, moi ça m’avait marqué.

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