Les sources des causes réactionnaires, c’est l’antisémitisme et le patriarcat !

A l’invitation de la section Haute-Savoie d’ « Egalité & Réconciliation », Alain Soral et Imran Nazar Hosein vont animer une conférence à Genève intitulée « Au-delà de la Pax Americana : l’avenir de l’Europe ». La forme érudite des sujets vise à donner de la crédibilité à ces fascistes qui contribuent à banaliser l’antisémitisme. Leur but : atteindre les masses populaires quelles que soient leurs origines. Leur moyen : faire de la métapolitique. Bonne occasion pour faire une analyse critique de la lecture antisémite et patriarcale du monde.

Antisémitisme et rationalité

 

Dans le capitalisme, il y a des choses abstraites : l’argent, le prix des marchandises, le salaire, etc. Bref, nos vies semblent dominées par des phénomènes difficiles à saisir et lorsqu’une crise profonde s’installe, comme en ce moment, la recherche d’explications est forte.

Face à ce besoin d’explications, les forces progressistes ont une analyse scientifique à travers la lutte des classes, les modes de production, l’oppression des minorités, etc. Contre cette lecture rationnelle, les forces conservatrices et réactionnaires affirment que ces explications sont « dépassées » au motif qu’elles nient la spiritualité de l’être humain. C’est là qu’intervient l’antisémitisme comme explication du monde qui est bien plus qu’un simple rejet des personnes juives, comme le rappelle Moishe Postone :

La pensée antisémite est une pensée fortement manichéenne dans laquelle les juifs jouent le rôle des enfants des ténèbres […] Ce pouvoir n’apparaît pas en tant que tel mais cherche un support concret — politique, social ou culturel — à travers lequel il puisse fonctionner. Étant donné que ce pouvoir n’est pas fixé concrètement, qu’il n’est pas « enraciné », il est ressenti comme immensément grand et difficilement contrôlable. Il est censé se tenir derrière les apparences sans leur être identique. Sa source est donc cachée, conspiratrice. Les juifs sont synonymes d’une insaisissable conspiration internationale, démesurément puissante.

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Un exemple dans la culture pop : la figure conspiratrice de Docteur Gang

 

En effet, l’antisémitisme est ce grand refus d’expliquer le monde par l’analyse scientifique de l’exploitation capitaliste. La société est ainsi analysée par la volonté de domination mondiale d’un petit groupe obscur de personnes qui tirent les ficelles « en cachette ». Les groupes ou personnes visées varient selon les courants, allant directement des personnes juives, mais étant plus souvent dissimulées derrière la dénonciation des « sionistes », des « mondialistes » ou bien des « lobbys financiers ». Leur analyse du monde frise le ridicule tant elle semble sortie d’un mauvais cartoon à l’image de Docteur Gang dans le dessin animé « Inspecteur Gadget »…

Le fantasme d’un groupe conspirateur n’est qu’une émanation de l’esprit petit-bourgeois qui ne parvient pas à comprendre la lutte entre la bourgeoisie et les classes populaires. Contre la science qui rappelle la complexité des rapports entre groupes sociaux dans le capitalisme, l’antisémitisme veut tout envoyer en l’air et fournir une analyse simpliste et figée. Ce qui est dangereux c’est que ces idées débouchent toujours sur des actes violents.

Le rejet de la modernité et du progrès

 

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Quand des militaires du 27e BCA font la quenelle antisémite

La lecture antisémite est séduisante du fait qu’elle semble subversive en utilisant des éléments d’analyses critiques comme  « domination », « oppression », « lutte », etc. Alain Soral s’essayant même à théoriser une « nouvelle lutte des classes »…

En réalité, derrière ces catégories, il y a des pré-supposés fascistes : on oppose une collectivité agressée par des éléments étrangers. Il y a l’intérieur et l’extérieur, la communauté et la non-communauté. Que ce soit la « Nation » pour les ultra-nationalistes ou le « Califat » pour les obscurantistes islamistes, il y a l’idée que la « communauté pure » des origines est « pervertie » par une modernité soit-disant dirigée par « les sionistes », les « mondialistes », « les banques », etc. Leur proposition est alors un retour en arrière en rejetant tout le progrès social et technologique. Imran Nazar Hossein affirme ainsi :

 Si vous êtes témoins d’un système pourri jusqu’à la moelle, comme aujourd’hui avec le système monétaire, bancaire et économique, que faire ? Il vous est impossible de proposer une macro-solution, car vous n’avez pas le pouvoir de changer les gouvernements, alors l’alternative est une  réponse à petite échelle. Cette micro-réponse est de retourner à la campagne en petites communautés, et d’instaurer vos propres marchés, et par le biais de ces micro-marchés vous vous détournez de ce système monétaire frauduleux et vous retournez par exemple aux pièces d’or et d’argent, vous produisez votre propre nourriture, et devenez autosuffisants.

Derrière leur slogan « Anti-Mondial Pro-Local », les identitaires français champion du racisme anti-arabe ne disent pas autre chose :

Nous pensons tout au contraire que face à la mondialisation qui détruit, les Européens (et les peuples du monde de manière plus générale) doivent reconquérir leur marché intérieur, à travers des échanges économiques géo-centrés. […] Si le mondialisme, idéologie à laquelle tous nos gouvernants de droite comme de gauche ont fait allégeance, ne connaît que la poursuite du profit maximal, le localisme renoue avec les notions d’enracinement et d’équilibre.

En gros pour ces personnes, on ne doit pas se révolter contre l’Etat et la classe dominante. Il faut se replier localement et fuir la société pour se « mettre à l’abri » dans une logique digne de la grotesque émission « Man VS wild ». Tout ceci est ridicule ! Le peuple a justement le pouvoir de fonder une nouvelle société car, au coeur de la production, il est à même de proposer une autre vie en se réappropriant les moyens de production.

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Le survivalisme à la sauce « Walking Dead »

Derrière l’antisémitisme, le patriarcat

 

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Militer avec Alain Soral, c’est surtout une affaire « de couille » raciste et sexiste. (Cf Affaire Binti)

Dans leur idéalisation du passé et du local, les réactionnaires pensent renouer avec les « valeurs d’antan », dont la valeur de l’ « honneur » est fondamental. Délire élitiste par excellence, l’ « honneur » fait surtout référence au combat masculin. C’est le mythe du héros chevalier ancré localement en lutte contre la modernité. La communauté fantasmée par les réactionnaires doit en effet être défendue par la force physique, l’élan guerrier : il y a donc le mépris de tout ce qui est analysé comme physiquement « faible ».

C’est là qu’intervient le patriarcat comme système de domination des hommes sur les femmes, avec l’idée que la virilité et l’usage de la violence seraient réservées aux hommes. En somme, patriarcat et antisémitisme forment un couple infernal dans l’avènement du fascisme : Alain Soral en est sans aucun doute l’exemple plus éloquent (voir le livre de Frédéric Balmont à ce sujet). On sait également que Daesh recrute des hommes en leur laissant croire qu’ils obtiendront des femmes, et l’esclavage de minorités nationales (Yezidi principalement) est une pratique répandue. Dans la même perspective, le journal nationaliste « Rivarol » cultive cette posture réactionnaire allant du rejet de l’homosexualité au négationnisme historique.

Au final, tout cela doit nous faire comprendre que des identitaires à Alain Soral en passant par les obscurantistes religieux, il y a là la même expression réactionnaire, bien qu’issues d’aires culturelles différentes. Face à la crise du capitalisme, il n’y a pas 36 000 solutions : ou bien il y a unité populaire en opposition aux institutions ou bien ce sont les postures antisémites et patriarcales qui se renforceront comme « rébellion anti-système ».

2 réflexions au sujet de « Les sources des causes réactionnaires, c’est l’antisémitisme et le patriarcat ! »

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