Hyper-individualisme et nationalisme : le fascisme est avant tout culturel.

Nous le répétons régulièrement : la période que nous vivons est une période historique. Historique au sens où il y a une bataille de moyen terme qui est lancée. Cette bataille c’est celle pour l’hégémonie dans la société entre les progressistes et les fascistes.

Les temps que nous vivons n’ont rien à voir avec une quelconque « situation » qui connaîtrait des « hauts » et des « bas » avec en définitive un équilibre général. Le capitalisme est porté par une classe sociale qui est totale décomposition et qui a des difficultés dans la manière de gérer « pacifiquement » l’ensemble de la société. Les tensions collectives et individuelles sont de plus en plus fortes avec la violence du rejet qui devient une norme de régulation des relations sociales (des féminicides aux engagements mystiques et guerriers en passant par le mépris généralisé sur les lieux de travail). La tendance de fond est donc le fruit de l’altération de la bourgeoisie à diriger rationnellement la société : c’est cela le fascisme.

17921Par conséquent, le fascisme en tant que mouvement de modernisation violente du capitalisme. Ce mouvement s’alimente d’un chauvinisme-guerrier de plus en plus prégnant. En arrière-plan de cette dynamique, il y a un ras-de-marée qui consiste dans le nationalisme et le rejet des explications rationnelles du monde. Irrationnalité et nationalisme alimentent un hyper-individualisme et un collectivisme national – et non pas la solidarité collective des exploitéEs pour leur affranchissement social. En effet, les conceptions aristocratiques du « dépassement personnel de soi » (hyper-individualisme) viennent alimenter l’identification à la grandeur de la « Nation » (collectivisme national). Être une personne « forte », qui « en a » et qui a un « code d’honneur » s’ajoute à l’identification à la France « forte », « conquérante ». 

En ce sens, l’erreur de l’anti-fascisme ce serait de voir le fascisme dans l’uniquschizophrenie_les_bases_genetiques_se_precisente développement des groupes et partis d’extrême droite. C’est là son aspect politique et le FN consiste en la pointe avancée de la dynamique. Cependant, le fascisme c’est également un processus de diffusion « culturelle », la propagation d’attitudes et de valeurs assumées à l’échelle d’une personne qui laboure le terrain aux groupes politiques. La valorisation de la force physique, l’attachement chauvin à « sa terre », à « son club de football », le racisme biologique et/ou culturel, le culte social-darwiniste du « corps », etc., sont des attitudes et des représentations qui se retrouvent diffusées de partout. Ces phénomènes d’ordre mental peuvent alors faire basculer une personne vers un engagement politisé à l’extrême droite.

Zeev Sternhell, grand analyste du fascisme français, montre comment la critique de l’individualisme « bourgeois » peut être l’apanage d’une extrême droite qui défend surtout le chauvinisme collectif, l’héroïsme chevaleresque. Cet esprit de rejet réactionnaire de l’individualisme donne du grain au moudre au nationalisme guerrier  :

Au bourgeois libéral, à ce produit du rationalisme européen, les fascistes, tout comme les jeunes gens en colère au tournant du XIXe siècle, opposent le culte des sentiments, de l’émotivité, de la violence, du devoir, du sacrifice, des vertus héroïques. Le fascisme développe pleinement et applique aux réalités du monde de l’après-guerre l’éthique nouvelle qui venait de germer à la veille de la guerre : le goût de servir, le culte de la force, de l’obéissance et commandement, de la foi collective et de l’abnégation. Le fascisme c’est l’aventure, c’est aussi, comme chez Sorel, l’action pour l’action. Finalement, l’idéologie fasciste présente une  » nouvelle explication du monde, vigoureusement brutale comme celle dont ont toujours besoin les hommes « (P. Drieu La Rochelle), et fondé sur l’exaltation de la guerre. […]

Mais ce qui, dans la première décennie du siècle, n’était qu’un aspect du darwinisme social devient dans l’après-guerre, pour cette génération sortie des tranchées, une expérience vécue et un critère de comportement. Les anciens combattants se considèrent comme investis d’une mission spéciale, ils voudront transmettre leur expérience unique à l’ensemble de la société et lui inculquer les vertus héroïques du guerrier : discipline, sacrifice, abnégation, fraternité. L’idéologie fasciste appartient à cette tradition qui ne conçoit l’individu que comme le véhicule des forces produites par la collectivité. […]

Jamais conçu autrement qu’en termes de sa fonction sociale, l’individu se présente toujours sous les traits d’un être fondamentalement irrationnel […] C’est au sentiments et non pas à l’intellect qu’il faut faire appel si l’on veut faire marcher les masses. C’est pourquoi, dès la fin du XIXe siècle, la politique est conçue comme l’art de manipuler les foules : manipuler et non pas convaincre, puisque les raisonnements ne peuvent être accessibles qu’à une faible minorité […] Par conséquent, les fascistes exaltent les vertus de l’émotivité et de la sentimentalité, ils poussent jusqu’à ses extrêmes limites le refus du pluralisme, du rationalisme, de l’individualisme et la conception qu’engendre la société bourgeoise. De là, la lutte implacable contre tout ce qui sépare, tout ce qui différencie, tout ce qui entretient la diversité : le libéralisme, la démocratie, le parlementarisme et le régime des partis.


Cependant, l’aspect mystique, romantique et antirationnaliste du fascisme, celui qui est une morale et une esthétique autant qu’une politique, ne répresente qu’un côté d’une réalité beaucoup plus complexe. En effet, l’idéologie fasciste poursuite et développe, en l’adaptant à des conditions nouvelles, la dimension populiste, plébéienne et socialisante de la révolte du tournant du XIXe siècle. Celle-ci trouve sa concrétisation dans un autre fascisme, prgramatique, technocratique et « managériel », serait-on tenté de dire. Ce fascisme d’origine « planiste » et néo-socialiste engage la lutte sur deux fronts. Il s’élève, d’une part, contre le marxisme au nom d’un « socialisme » modernisé, national et autoritaire, et d’autre part, contre la démocratie libérale et la société borugeoise. au nom d’une certaine volonté de justice sociale, mais surtout au nom de l’efficacité, du progrès économique et technique. Tous objectifs qui requièrent un puissant mécanisme de prise de décisions, donc un Etat débarassé des faiblesses inhérentes au système parlementaire. » 

Zeev Sternhell, La droite révolutionnaire 1885-1914, Paris, Gallimard, 1997 p.554

 

 

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